PETITS BILLETS 2008/2009

5 janvier 2008

Mon professeur d'histoire géographie du Lycée Claude Bernard des années 1959 vient de mourir.Il s'appelait Louis Poirier. Toute la presse lui rend des hommages appuyés. Nous le savions déjà, cet homme avait un pseudonyme, et c'est bien sûr son pseudonyme de Julien Gracq qui est encensé. Je le revois, avec sa verrue, son visage impassible, regagner le métro Porte d'Auteuil à pied. Donc ce professeur si banal avait une énorme notoriété littéraire. A chaque fois que j'ai tenté de le lire, j'ai vite démissionné... Mais qui donc a décidé cette immense renommée littéraire ? C'est un peu comme James Joyce...


7 janvier 2008

On n'est pas passé loin de la catastrophe ! Il était fortement question d'une diminution de notre subvention. Alors nous avons demandé à une trentaine de personnalités éminentes dans le domaine du théâtre Public d'adresser au directeur régional des affaires culturelles une appréciation sur notre travail. Cela a marché, le ministère de la culture a tenu compte de toutes ces magnifiques lettres et notre subvention ne sera pas diminuée. Il y a des jours où la vie est belle, mais en même temps nous avons une pensée solidaire pour tous ceux qui vont subir des coupes sombres dans leur budget.


18 janvier 2008

Il se nourrit de tout le mal qui est déversé quotidiennement sur lui. Il veut que l'on parle de lui sans arrêt. On connaît ses mollets, sa sueur, la marque de ses stylos, il provoque un dégoût -fascination. Il étale sa frivolité, il émet un brouhaha d'idées, souvent d'extrême droite, parfois de gauche. Une vraie savonnette insaisissable et obscène. Dans le temps, je me plaignais du côté désincarné des hommes politiques, nous savions juste que Tante Yvonne faisait des oeufs sur le plat à Charles de Gaulle, et qu'il avait installé dans le parc de la Boissière à Colombey une balançoire pour ses petits enfants.

26 janvier 2008

J'ai une vraie complicité avec ceux qui sont nés comme moi en 1943. Nous sommes des enfants de la guerre, nous sommes tous un peu givrés. L'espérance de vie étant ce qu'elle est, nous voilà atteignant les 65 ans assez gaillardement, notre libido n'est pas en berne, notre cerveau n'a pris comme rides que celles de l'expérience, et de la connaissance. Voilà, nous n'avons de "vieux" que quelques cheveux en moins et un peu de blanc au dessus du crâne. Alors ils ont inventé pour nous un nouveau vocable :" Jacquot, t'es pas vieux, t'es un sénior". Le sénior est respecté, car il a un bon petit pouvoir d'achat, et puis les séniors ils sont quasiment 15 millions en France. Un français sur 4 !


3 février 2008

Je suis sidéré par les moeurs du capitalisme. Je galère pour trouver une production de 20 000 €, et pendant ce temps là, un obscur courtier de la Société Générale chargé des actions boursières, mise la modeste somme de 75 milliards d'Euros, soit le quart du budget de la France, pour tenter un coup. Il déjoue les sytèmes de sécurité et fait perdre 5 milliards à sa banque (deux fois le budget du ministère de la culture). Alors je m'interroge sur ce qui se passe tous les jours, combien de milliards d'Euros passent de main en main, au dessus de tous ces français qui se désespèrent de ne pas savoir comment terminer leur mois. Je suis un naïf, je crois que cela pourrait se passer autrement. Mais qui mettra un jour en cause ce sytème pour le remplacer par un autre ?


8 février 2008

Je cherche une explication, je parcours la presse, écoute les radios, les télés, je visite les sites internet, je veux voir clair. Je ne trouve quasiment aucune analyse à part Val dans Charle Hebdo : "méfiez vous, les hommes qui sont aux manettes du pays brillent tous par leur inculture, c'est ce qui les rend dangereux". Un chroniqueur du Monde nous parle des banques qui sont transformées en casinos. Youssri me propose l'islam, la seule réponse à toutes mes interrogations. Mais moi, je pense quoi ? Je n'ai pas les outils pour décrypter qui se passe. Dans le temps, j'allais interroger ma mère, cette sage, qui avait connu Moscou, Berlin , Londres, et qui me racontait comment son père avait joué sa fortune au jeu et criblé de dettes s'était enfui en Argentine. Une fois de plus , c'est peut être le théâtre qui va me sauver ... Mahagonny, la pièce de Brecht ! Description magistrale d'un monde frelaté.

15 février 2008

Monsieur le Président de la République sort un des nombreux gadgets -fumigènes dont il est spécialiste. Je suis obligé de réagir, moi un des enfants qui aurait pu être déporté à Auschwitz, si les protestants ne m'avaient pas accueilli et caché au Chambon sur Lignon, d'autant plus qu'un enfant de 8 ans portant mon nom et mon prénom a été déporté dans le convoi N°20. Donc, chaque enfant des écoles devrait parrainer un des 11000 enfants gazés. Je fais une contre proposition : que chaque enfant des écoles parraine un enfant raflé et expulsé dans le pays que ses parents avaient quitté pour des raisons impérieuses. Je fais confiance aux professeurs des écoles pour rebondir sur les clandestins qui se noient par milliers, refusés par la riche Europe. Le devoir de mémoire n'a jamais empêché les hommes de perpétrer de nouvelles horreurs, et le Président de la république est loin d'être un innocent en la matière.


22 février 08

Je n'aime pas les DVD, pourtant sur l'ordre de ma nièce Olivia, un soir de brume et de grande tristesse, je me décide à regarder "la vie des autres". En fait c'est l'entretien avec Florian Henckel von Donneresmark, le réalisateur qui me fait vibrer. Ce que je cherche à exprimer depuis des années, il le concentre en une phrase pour expliquer le pourquoi du film: "Tout est parti d’une citation de Lénine. Il disait qu’il évitait d’écouter l’Appassionata de Beethoven, son morceau préféré, de peur que cela ne le ramolisse et qu'il ne puisse plus détruire ses ennemis". La vraie force de l'Art, c'est ça, l'Art est capable de changer les mentalités, et c'est mon moteur dans la vie. Réussir sur d'autres ce que le théâtre a fait pour moi. A l'âge de 18 ans , il a suffi d'une pièce de Brecht "Schweick dans la deuxième guerre mondiale"mise en scène par Planchon pour faire basculer toute ma vie.

28 février 08

Niamey. Je prends le petit déjeuner dans une échoppe de rue. 4 enfants aux yeux tristes dévorent des yeux ce que je mange. Ils ont une écuelle autour du cou, ils attendent mes restes. Je décide le lendemain de manger dans les jardins du Centre culturel Français. Quatre chats affammés attendent mes restes. Ce pays a faim de tout. Nos vingt stagiaires de théâtre dont certains ont fait 18 H de bus pour venir dévorent nos paroles. Ici on est respecté en tant qu'anciens. Ils veulent apprendre, connaître, savoir, ils ont soif de toutes nos histoires, de notre passé, et nous aimons écouter leurs vies qui sont de véritables contes. Pour faire court, nous nous régalons.

7 mars 2008

Je suis content, car je peux enfin répondre à la question classique "et toi ça va ? " C'est le grand Mario qui me la pose à Marseille, tu sais celui qu'on appelle Dominique, le copain de Marie Lucie, la mère de Violaine et l'ex de Michel. Hyper fier, je lui dis que je reviens du Niger et que je repars en Russie pour le théâtre. Quand tu annonces de lointains déplacements comme ça, ton interlocuteur pense tout bas ." Il ne doit pas être si nul que ça pour être demandé à l'étranger". Parce que le Dominique, lui, il a juste un déplacement à faire à Aubagne.. et pourtant il est génial, il fabrique une machine pour le Guilherm.


11 mars 2008

Notre maire passe avec 77,69% à Audincourt. Un score poutinesque. Ces municipales sont hyper importantes pour nous. Cela fait huit ans que le président de la communauté urbaine, le maire de Montbéliard, bloque tous nos projets. Il nous en veut de l'avoir traité de "délabré", d'avoir fait une pièce sur lui, et de nous être installés dans la municipalité PS voisine. De tous nos voeux nous espérons sa chute. Il est en difficulté, mais pas encore battu. Il a 78 ans, il s'accroche . La liste de droite dissidente reste en piste, mais les deux listes PS vont elles fusionner ? Cinq villes de la communauté urbaine sont passées à gauche. La lumière est au fond du tunnel. Ce serait trop génial.

14 mars 2008

Le journal de Jean Luc Lagarce vient de sortir. Lagarce, l'auteur le plus joué en France. Quel destin posthume ! Lagarce, originaire du pays de Montbéliard, mais totalement ignoré ici. Je vais irresistiblement lire les années 91, lorsque nous avons fait ensemble un tout petit bout de chemin. Il ne nous a pas oubliés. Page 92 je lis : "Décapant et très bonne soirée à Montbéliard, chez Livchine et Hervée de Lafond." Lagarce avait été mon premier RV de directeur de scène nationale, il m'avait invité au restaurant pour me proposer la cantatrice chauve de Ionesco. Il avait répété chez nous. A l'époque il était rejeté de partout. le soir de la première, les professionnels s'étaient tous évaporés sans lui dire un mot. Et 10 ans après sa mort, le voilà fêté, admiré, étudié, encensé. Faut il vraiment mourir du Sida pour se doter d'une légende ?

17 mars 2008

J'avais parié 50 € avec la Josette, qu'il ne s'en irait pas. Une quadrangulaire ! Sur papier, c'était impossible. Mais Youssri et d'autres jeunes ont sillonné le quartier toute la journée. Ouèch ! faut que tu votes mon pote ! Mais pour qui ? Bouge pas , je vais te le dire, celui-là ! Et c'est ainsi que la différence fut faite. 47 voix d'avance ! Vous qui n'êtes pas de ce pays, vous ne pouvez pas imaginer. C'est la chute d'un petit Ceaucescu, en équivalence bien sûr. Et pourtant, le Louis, comme on l'appelle n'avait pas toujours été ce vieillard cachéxyque aggrippé à son tas d'or, aggrippé au pouvoir, mais depuis six ans il gelait le pays, il l'étouffait. Pour nous, c'est le printemps qui commence, Jacques Hélias, est maire de Montbéliard, la communauté d'agglomération passe elle aussi à gauche. Le pays va se couvrir de fleurs. Nous respirons, nous allons de nouveau pouvoir exister.

29 mars 2008

Nous artistes de théâtre nous sommes soumis sans arrêt à un stress continu, parfois extrême. Quand nous envoyons des courriers pour parler de nos spectacles à divers théâtres, nous n'avons jamais de réponses, si nous appellons, nous ne passons jamais le standart. Par rapport à nos spectacles, nous n'avons jamais droit à la vérité. On nous dit : merci c'était bien, mais nous ne savons jamais ce qu'il en est, puisque c'est une tradition d'être hypocrite. A l'Unité, nous tentons de pratiquer le dire- vrai, c'est une catastrophe. Nous allons dire au maire de Montbéliard qu'il est délabré, à une apprentie que son projet est d'une platitude extrême, à la ministre de la culture qu'elle n'est pas performante, et il y a deux jours, je décide de raconter une commission de sélection de projets à la société des auteurs. Je parle "vrai". Et là, je reçois carrément, une vingtaine de lettres d'injures de la part des artistes, carrément offensantes. Mais je ne me tairai pas pour autant !


4 avril 2008

Dans le temps c'était simple. les gens de droite étaient de droite, ils s'habillaient à droite,mangeaient à droite, avaient des idées de droite, ils étaient racistes , ils méprisaient les travailleurs. Ils avaient les cheveux courts coupés à raz. Ils mettaient leurs enfants à l'école privée. Mais voilà, le cliché est dépassé. Chevelus, Baskets, jeans allure décontractée à la Boorlo peuvent être de droite, costume bien mis, chaussures Weston comme Fabius, allure impeccable comme Ségolène peuvent être de gauche. Si au moins il y avait d'un côté des cons et de l'autre des gens bien, mais non, même pas. J'aurais toujours voulu qu'Eichmann ait une tête de monstre, et un cerveau primitif. Mais pas du tout, il était intelligent, et jouait même du violon


12 avril 08

Mardi je pars en Russie. Sensation bizarre. Le pays de mes parents. Et moi, je n'ai pas la même langue maternelle que mes parents. Un des grands regrets de ma vie. Mes parents ont tellement voulu intégrer leurs enfants qu'ils ne leur ont même pas transmis leur langue. Je suis plongé dans les conjugaisons, dans le vocabulaire. J'aime la langue de Tchekhov et de Maïakovski, j'aime la Russie parce que c'est un pays qui aime profondément le théâtre. Mais il paraît que ça a beaucoup changé depuis la chute du mur et la découverte de la drogue "argent". Au moins j'aurais des choses à raconter.

20 avril 08

Il y a des réveils agréables, avec la sensation d'avoir fait quelque chose d'intense. Ce déferlement ravageur de la Brigade dans les rues de Samara ressemblait toutes proportions gardées à l'ambiance de la libération de Paris en 1945. Les Russes n'en revenaient pas. Oui le théatre portait un énorme souffle de liberté. Toutes les interdictions, tous les tabous étaient secoués, ébranlés, l'autorité était mise à rue- épreuve. Nous avons dialogué grâce à l'humour avec le fantôme de l'Union soviétique qui quoiqu'on dise est toujours présente malgré le libéralisme conquérant. Quel plaisir d'être tout petit et de cogner avec causticité et ironie cet énorme mastodonte. Le public nous a remercié avec cette chaleur dont seuls sont capables les Russes.

26 avril 2008

40 ans. Le théâtre de l'Unité a quarante ans. En principe ça se fête. Mais nous n'avons pas envie de nous tourner vers le passé. Pourtant il y a juste 40 ans, le syndicat des acteurs lançait son ordre de grève, et nous avions décidé que nous continuerions sou forme de grève active en jouant dans les usines et les lycées occupés. Nos débuts de théâtre se passèrent hors- théâtre dans une ivresse totale. Cela nous a marqué au fer rouge. Il y a quarante ans les directeurs de théâtre réunis à Villeurbanne ont décidé de s'occuper prioritairement du "non-public". Ah, les grands serments !


3 mai 2008

Tout excité le Patrice, il a lu dans un bouquin que Djamel Debouze, on le doit à l'Unité ! Alors il n'en revient pas..Il est vrai qu'entre 1978 et 1985, nous avons couvert St Quentin en Yvelines de cours de théâtre d'improvisation et qu'un gamin de Trappes s'y est inscrit et a été suivi par Alain Degois, l'animateur des éclaireurs de France qu'on appelait Papy, et qu'il s'y est épanoui. Donc oui, c'est un peu de notre faute, mais surtout celle de Papy, mais Papy n'eût pas été si nous n'avions pas été, donc Djamel n'eût pas été. Des talents naturels, comme celui de Djamel Debouze, il y en a des milliers en France. Mais alors, pourquoi lui ?`

9 mai 2008

Le candidat Sarkozy avait irrité toute la gauche dans son discours : "liquidons 68". Eh bien finalement, le président Sarkozy n'a pas eu à lever le petit doigt. Les partisans de 68 se sont chargés de la liquidation. Une véritable profusion de brochures, de livres, dens souvenirs, de DVD est en train de provoquer une méga overdose de 68 . On n'en peut plus, on n'y comprend rien, ça va dans tous les sens. 1968 était un grand bazar idéologique, on avait droit à mille et une tendances, et donc une totale paralysie au niveau d'une prise du pouvoir éventuelle, eh bien quarante ans plus tard, c'est pareil en pire, ça vous dégoûterait presque d'être de gauche.


16 mai 2008

Il y a des questions auxquelles il est difficile de répondre. Alain Aubert me demande quel est le spectacle de l'Unité que je préfère ? Autant demander à une mère quel est son enfant préféré. J'ai répondu "Terezin", il aurait bien voulu que je réponde "Dom Juan". Mais j'aurais pu aussi répondre "Oncle Vania" ou "Mozart au chocolat". Ce matin, c'est "Gourmandisiaque " qui nous fait souci. Parler crûment de l'amour pose quelques problèmes de rejet. A vouloir trop pimenter la sauce, elle devient inmangeable.


23 mai 2008

Je veux essayer de comprendre. Pourquoi dans les années 70, je suis prêt à tout pour aller voir une pièce de théâtre. Je roule toute la nuit pour Milan, pour Lyon, Berlin, Moscou. C'est irrésistible, une force invincible me pousse . Et voilà qu' aujourd'hui, le théâtre me répulse, me repousse, m'ennuie, je me force pour y aller , je sais que ça va être dur, pénible. De deux choses l'une , soit j'ai changé, j'ai perdu ma naïveté, j'ai vu trop de choses, j'ai vieilli, soit le théâtre a perdu en vie, en critique, en audace, tout ce qu'il a gagné en moyens.

30 mai 2008

Je passe deux jours au Havre avec Pascal Rome qui prépare un spectacle à partir de la mémoire ouvrière. On s'interroge sur tout un pan de passé et de vie qui disparaît. Chez Marie Louise, un café de Dockers sur le port, on retrouve toute la vie style 1950. Des personnages à trogne. Jacotte, la patronne est magnifique : épaisseur de vie, assise au sol, philosophie, langue imagée. Elle a tout gardé, ne lâche rien de sa verve. Partout je ne vois que des femmes et des hommes qui se vident de toute leur substance, de leur vie et leur personnalité pour faire bonne figure et réussir dans la société aseptisée dite libérale. Et pourtant, il faut bien que l'on évolue. Tout à l'heure, même la petite Sylvie Lalaude, que nous adorions tous s'en ira définitivement pour Bordeaux. Je le range où ce passé ? Je fais quoi de tous ces souvenirs ?

7 juin 08

La couche d'ozone est recousue. Tant mieux, ça nous avait fait peur quand elle était déchirée. Qui l'a recousue ? Nous. En arrêtant de se servir des bombes nocives. Pourtant à l'époque, les discours étaient musclés. Autre assertion indiscutable : On a divisé le nombre de morts sur la route par 2. 5000 morts ! Formidable. grâce aux radars. Oui, mais voilà, le nombre de blessés graves a augmenté gravement. C'est logique, à 180 km/h, tu mourrais, à 130 km/h t'es blessé grave. Mais pire encore, la voiture tue avec son gaz empoisonné : tiens toi bien, 38 000 cancers dits environnementaux ont un dénouement tragique ! Pourquoi se tracasser ? On nous dit que de toute façon, le pétrole c'est fini. Le diésel est au prix de l'essence, et ça monte et ça monte. Exemple : je vais en voiture chercher mon pain à Blamont à 6 kms. Je vais payer ma baguette 1 €, mais en transport avec ma 307, cela me coûtera 1,80 € de carburant. Retour aux anciens Francs pour irriter la démonstration, la baguette m'aura coûté 6,50 F + 12,00F de transport. Nos spécialistes se doutaient bien que cela allait arriver un jour, mais pas si tôt.


14 juin 2008

Vive la culture. Colloque de Libération aux Amandiers de Nanterre. Immersion dans la courtisanerie de nos milieux culturels. Nos têtes pivotent sans arrêt pour voir qui est là, et à qui serrer la main. Libé a bien fait les choses, il y a là des pures personnalités de droite, ça change de d'habitude. C'est une vraie cour. Ici se jouent des carrières. La Ministre de la Culture est une indigente de la pensée, elle fait pitié, à brailler que c'est la faute aux 35 heures. Il y a des beaux parleurs, ceux qui causent comme ils écrivent dans les catalogues de peinture dont on ne comprend rien, il y a ceux qui se taisent et réservent leurs avis pour ne pas dire de conneries. Les barons parlent aux barons et les comtesses aux comtes. Et moi, je fonce tête en avant , je ne peux pas m'empêcher de leur crier ce que je pense. Je suis applaudi par les sans- grade.


20 juin 2008

Quand la Limousine, notre belle Mercedes, malgré son grand âge, a déboulé dans le quartier d'Etouvie à Amiens, que j'ai annoncé le grand secret : ma compagne à poil à l'intérieur ; les jeunes qui jusque là regardaient de loin se sont sentis nargués et ont pris le spectacle au premier degré. Ils ont pris d'assaut nos accessoires et la Limousine. Jets d'oeufs, et tout ce qui s'ensuit, peut être même tentative d'y mettre le feu. Nous avons eu juste le temps de terminer et d'évacuer la limousine dans un désordre indescriptible. Oui, ces jeunes picards, qui vivent dans une précarité extrême ne rigolent pas avec les symboles. En fait, je devrais être content de cet effet magistral du théâtre, et me dire, j'ai joué dans un quartier sensible, carrément trop sensible au théâtre.


27 juin 2008

Il y a un mystère incroyable dans le théâtre, c'est que lorsque la pièce est présentée pour la première fois au public, on ne sait pas du tout ce que cela va donner. Et même après avoir joué, on a bien du mal à obtenir ce qu'on appelle "les retours". Ok ça a bien applaudi, oui, certes, le public avait l'air content, mais encore ? Alors on croise quelques personnes " c'était très bien ". Evidemment il y a eu des rires, mais les rires, est ce suffisant ? On a reçu 1 mel de félicitation et 1 autre mel de quelqu'un qui en a entendu parler en bien. Cela a toujours été comme ça. Impossible de bien décrypter les réactions. Même nos spectacles qui ont été joué 200 fois ont commencé par ce silence glaçant. En fait, il faut reconnaître que ce n'est pas facile d'émettre un avis sur une nouvelle création. Il suffit souvent d'un article de presse qui dit "génial" pour que d'un seul coup le spectacle devienne génial.


4 juillet 2008

Je me demande si je ne passe pas plus de temps à organiser ma vie qu'à la vivre. D'abord le calendrier. je pars quand ? je reviens quand ? On se voit quand ? J'emmène quoi ? La grosse valise, le petit sac ? Du chaud et du froid ?Je fais les courses avant ? ou après ? le rendez vous, c'est où précisément ? Heureusement, je suis entouré de femmes organisées et hyper carrées. J'ai des feuilles de route. Nathalie a tout dans la tête, elle compose les équipages avec tact, les non fumeurs avec les non fumeurs, elle répartit les conducteurs et leurs assistants, mais quand arrive le partage des chambres, on touche au sensible-explosif. Parfois, et de plus en plus, les conditions écomomiques impliquent que l'on doive se serrer...

11 juillet 2008

Avignon, de nouveau. Première fois en spectateur en 1964 je crois, puis une bonne dizaine de fois avec l'Unité en In ou en Off. La maladie du festival s'accentue. Un IN consanguin, cher, avec un public CSP +++(Classes socio professionnelles supérieures) , avec des essais, des expériences pas trop abouties, un désengagement total du social et puis surtout l' arrogance de l'aristocratie intellectuelle qui nous dicte ce qui est bon et ce qui est mauvais. Le Off est de plus en plus abondant, 1000 pièces, on ne sait pas si c'est un signe de santé ou de maladie, ce foisonnement. Et notre "Oncle Vania " à Villeneuve qui attend la légitimation des milieux de la culture, et surtout une belle étreinte avec le public, faut être patient.

18 juillet

Visibilisation. Voilà le mot très laid qui caractérise l'entreprise d'Avignon. Tu es ici pour te rendre visible, pour te montrer, pour faire parler de toi, pour que l'on dise de toi : "L'Unité, ils sont en pleine forme, les Livchine -de Lafond se portent comme des charmes". La reconnaissance de nos pairs est comme un adoubement de chevalerie. Si tu n'as que le public, cela ne suffit pas. Alors tous les signes comptent, tous les regards, toutes les poignées de main sont des marques de reconnaissance. Surtout tu dois te méfier, car ils sont nombreux aussi, dans les hautes sphères, ceux qui veulent t'enterrer vivant.


25 juillet 2008

On me hèle dans les rues d'Avignon, à l'entrée des spectacles à propos d'Oncle Vania. Même celles et ceux qui ne l'ont pas vu me félicitent car paraît- il, que c'est formidable. Je devrais être sur le sommet de l'Olympe avec un égo gras comme le gésier d'une oie du sud ouest. En fait, je crois que je reste modeste, car Tchekhov doit avoir sa part, et de plus je me demande si les gens qui me parlent connaissent quoi que ce soit au théâtre. Je suis vraiment un être infect. Je prétends m'adresser aux spectateurs non professionnels, et je me mets à mépriser leurs jugements. Hervée quant à elle nage dans le bonheur, répète en boucle que c'est réussi à part la première qui n'a pas été magique. Non, je me mens, bien sûr que dans le plus profond de moi même, je suis heureux, mais je ne sais pas déguster le bonheur, j'ai toujours peur qu'il s'en aille trop vite.

1er août 2008

« Hâtons nous de rendre la philosophie populaire ». Qui a osé dire cette grossièreté ? Qui a osé rapprocher ces deux mots qui n’ont pas à cohabiter. Philosophie et populaire J’ai osé dire à Denis Guenoun philosophe, que j’écoutais les conférences de Michel Onfray et même que j’étais assez accro. Il m’a tancé et jeté aux gémonies. « tu me déçois » m’ a t-il dit sèchement. A Avignon IN il y avait une jeune femme du nom de Claire Lasne qui a un centre dramatique en Poitou Charente, cette dernière a la lubie de présenter ses pièces dans les villages pour du public pas habitué. Elle s’est faite dévorée par la presse, traînée dans la boue comme « amateur, provincial, sans intérêt » etc. Tout est fait pour que la culture et le savoir ne soient pas partagés. Je ne comprends pas d’où vient cette pensée dominante.

8 août 2008

Je me demandais quels étaient les moyens que nous avons à notre disposition pour savoir si en théâtre nous sommes bons. Malheureusement ce qui est sûr, ce n'est pas parce que tu as le public avec toi que tu es bon, ce serait trop simple. Alors je me suis demandé : c'est quoi être mauvais ? Et là, c'est beaucoup plus clair. Etre mauvais c'est quand on n'y croit pas, c'est quand aucune vérité ne transpire. Le mauvais n'est pas dur à détecter chez un acteur ou dans une pièce. D'ailleurs depuis quelque temps j'applique à tout ce que je vois le précepte de Stanislavski "je ne te crois pas dégage". On peut faire le personnage le plus grimé, le plus ampoulé qui soit à condition que cela traduit comme une évidence de vérité.


16 août 2008

Je cherche à comprendre l'esprit Olympique puisqu'on ne parle que de ça. Mon père m'emmenait aux jeux Olympiques. J'étais à Rome en 1960, à Munich en 1972, à Barcelone (2000) J'avais rêvé d'être un de ces athlètes, véritables héros post modernes. Aujourd'hui j'en suis moins sûr. Je vois des toros exposés au salon agricole. Ils exhibent des kilos de muscles, mais dès qu'ils ouvrent la bouche, c'est une catastrophe. Ils n'ont de vie et de culture que leur entraînement et leur rage de gagner. Ah il est loin le slogan de Coubertin"l'essentiel c'est de participer". On ne parle plus de sport mais de médailles. Ces hommes là, bêtes conditionnées pour gagner ne me font pas envie du tout. je ne parle même pas des chinois, ils ont mis au point, des véritables usines à champion, c'est grave cette dérive.

22 août 2008

Retour à Elancourt.Ville nouvelle de Saint Quentin en Yvelines. J'y suis resté avec l'Unité de 1978 à 1985. Comment les meilleurs architectes, les meilleurs urbanistes, les coordinateurs les plus gradés peuvent ajouter ensemble leur talent pour rater une ville ? Comment se fait il que le moindre village de France construit sans aucune compétence ronflante, soit mille fois mieux réussi que tous ces essais architecturaux savants remplissant les revues d'architecture. Ce matin, une fois de plus, je m'irrite contre nos soi-disant élites.

31 août 2008

Mon père m'avait acheté une nouvelle mobylette, une Peugeot BB1T. Pendant les cours au lycée, je ne pensais qu'à une seule chose, la fin de la classe, pour aller la caresser, l'enfourcher, me mettre de l'air plein le visage, passer par les bois, déraper, accélerer. Je suis dans le même état d'excitation ce matin. J'ai abandonné le G4 pour le Macbook pro. 1799 €. Normalement, il va plus vite, il est plus puissant, il a même la fonction "Léopard". Mais voilà, il est tellement top, qu'il refuse mes anciens logiciels. L'erreur 1712 s'affiche sans arrêt. Je suis en panne. Je m'acharne, je cherche des solutions, je vais sur les forums et je découvre d'autres pauvres grugés comme moi. Je ne sais même pas à qui me plaindre. Le seul moyen de m'en sortir est de payer 1000 €. Les nouveaux marchands sont sordides, et cyniques, ils nous roulent dans la farine, ils sont tout puissants, ce sont des vrais gangsters, mais dans une société malhonnête, le voleur est honnête.

6 septembre 2008

Eux, ils ont moins de 30 ans, ils cherchent leur porte d'entrée dans la vie professionnelle. Nous, on essaye de se souvenir comment nous avions faits. Mais il n'y a aucune règle ou recettes valables. L'urgence et la nécessité de faire, cela ne se transmet pas. Eux, ils peuvent juste constater que nous aimons patauger, flirter avec l'échec, que nous avons vécu enlisements et faillites, mais qu'à chaque fois nous sommes repartis, bille en tête. Mais c'est quoi ce moteur qui nous fait avancer ? Hervée dit "la haine des vies gâchées" moi je crois que c'est "regarder la vie en farce". Je dis à Boueb, l' un des 13 apprentis de cette formation avancée itinérante des arts de la rue, "Si en trois semaines chez nous, t'as trouvé un seul mot ou une petite phrase qui t'aident à te construire, tu n'auras pas perdu ton temps".

13 septembre

Le sentimental, c'est l'ennemi. J'ai accepté deux contrats par sentiment, parce que je connaissais les gens, parce que et parce que... Je ne m'en dépêtre pas. Parce que bien- sûr cela sent le plan raté d'avance, parce que l'on voit bien que mes grands amis qui ne rechignent pas pour payer leurs vedettes de programmation , essaient de nous taxer quelques Euros sur cinq sandwiches poulets crudités. Il y a des moments où l'argent mesure l'estime que le gens te portent. Je ne sais pas s'il est encore temps que j'apprenne à dire non. Le problème, c'est que souvent cela valait la peine de le faire, maême pour quelques Euros en moins.

20 septembre

Excuse moi je me régale. Cela ressemble à l'effondrement des deux tours du world trade center, mais en fait c'est beaucoup plus grave, c'est le capitalisme qui s'effondre. Carrément tous ces bâtiments énormes aux halls immenses qui respirent l'argent et les coffre forts par tous les pores sont par terre en état quasiment léthal. Et voilà l'argent des contribuables américains qui par milliards de dollars part à la rescousse de ces hydres immondes qui faisaient la loi de l'univers. Mais qu'est ce que j'apprends ce matin ? C'est que l'argent chinois va faire la différence. Ce sont les chinois qui possèdent les avoirs américains ! Comment veux tu que j'apprécie la moindre fiction quand je vois à quel point le monde réel est fou, fascinant, opaque, injuste, égoîste, inégalitaire.


27 septembre 2008

Je passe par un pic de bonheur à 98, oui, cela existe encore à notre âge, à une chute libre totale où l'on doit gérer le matériel. Sans arrêt, je traque tous les paramètres du bonheur et je constate que tous les experts en bonheur sont formels. Lorsque juste après la guerre, les français n'avaient quasiment plus rien, lorsque les français n'avaient pas encore goûté aux joies des micro -ondes, des cuisinières à induction, des mixers , des lits-fûtons, des portables allégés, des salles de bain luxueuses, eh bien c'est là qu'ils étaient le plus heureux et qu'ils riaient plus de 45 minutes par jour, parce que le bonheur est relatif et qu'aujourd'hui le capitalisme stimule artificiellement notre désir de consommer et n'y réussissant que partiellement, nous allons toujours mal. J'adore ce genre de théorie philosophique.


3 octobre 2008 Rouillan a tué le PDG de Renault, symbole du capitalisme, il a pris 30 ans de prison. Ferrara a braqué des fourgons de banque puis s'est évadé de Fresnes, allez 30 ans lui aussi. Il a revendu pour 300 € de tabac naturel et spécial provenant du chanvre, il goûtera à la vie en cellule pendant quelques mois. Lui, il est en train de foutre le monde entier en l'air, il met des millions d'hommes au chômage, on va lui donner 3 millions de dollars. Ils sont une poignée à avoir joué avec l'or de la terre, ils ébranlent le monde entier, ils sont riches , tranquilles, impunis. Le capitalisme est une aubaine pour ceux qui savent s'en servir.

4 octobre 2008

La question du jour : a t-on le droit d'ouvrir un nouveau lieu théâtral à Eaubonne tandis que la France entière est en récession et que 7 millions de Français sont dans le chômage et la précarité ? J'ai voulu placer lors de cette journée d'inauguration deux SDF dans l'entrée qui posent la question :"A quoi ça sert le théâtre"? Je réponds clairement en disant que la société est à l'image du corps humain, tous les organes sont solidaires, et ce n'est pas parce que l'estomac est malade qu'il faut laisser tomber le cerveau. C'est justement la bonne santé du cerveau qui pourra venir à l'aide de l'estomac. Ainsi le théâtre peut -il être une arme non négligeable, dans la lutte contre la pauvreté, car le théâtre est un lieu de prise de conscience essentiel.

10 octobre 2008

On a toujours l'impression que si une météorite énorme tombait sur la terre, elle ne serait pas pour nous. Donc toutes les nouvelles sont catastrophiques, le système monétaire mondial est en train de s'écrouler, des banques ferment, mais jusqu'à présent notre vie n'a pas encore changé. Il y a encore du pain et du lait dans l'épicerie de mon village. Mais je m'attends à un petit mot de ma banque" Jusqu'à nouvel ordre, votre compte est momentanément fermé, tout retrait en liquide est interdit, veuillez nous consulter pour de plus amples informations". Je vais par précaution acheter un peu de farine et de sucre.

16 octobre 2008

J’ai vu quelqu’un hier dont la simple vue du visage me déprime, car il représente pour moi la mort du théâtre. Pour me consoler, j’ai bu de la vodka, et je me suis écrasé devant une télévision allumée, et là j’ai vu des visages qui m’ont totalement déprimés car ils représentent pour moi toute la rouerie, le mépris, les valeurs les plus frelatées de notre société. J’ai alors été atteint d’une lourde torpeur, d’une paralysie du cerveau, d’une mollesse généralisée de tous mes membres, et tu sais ce qui m’a sauvé ? Un concerto pour piano de Mozart. Il y avait des passages en si bémol mineur, puis en mi bémol mineur, c’était joué avec beaucoup de sentiment, ça m’a d’un seul coup lavé de tout le miasme gluant dans lequel malgré moi je m’étais trouvé vautré.

24 octobre 2008

Le grand refrain de la grande crise, c'est de dire "j'y comprends rien, mais rien du tout". Toute notre démocratie consiste à prêter les clés de notre automobile à des conducteurs qui se disent conducteurs, à qui on fait confiance. On les retrouve dans le mur, notre voiture est accidentée, on leur demande ce qui s'est passé, ils accusent le mur , le système etc. Or ce sont eux qui l'ont mis en place. Je me suis toujours méfié des tous les spécialistes et de leurs airs sérieux, je le croise sur Air France, dans les TGV en première classe. Il y en a même dans ma famille. Avec mes pantalons froissés, et ma chemise qui sort, un vieux cigare au bec, à leurs yeux, je ne suis pas crédible. Mais là, j'ai décidé de me venger et de dénoncer leur fatuité et leur vacuité, leur égoïsme et leur cynisme, leur malhonnêteté et leur médiocrité. Citoyens, reprenons le volant, nous ne sommes pas si ignares que ce que l'on nous dit.

31 octobre 2008

Expo Prévert à Paris. Cela me fait du bien l’engagement du bonhomme, son groupe Octobre, et sa non reconnaissance par ceux qui prétendaient détenir le savoir de ce qui était poétique et ce qui ne l’était pas. Oui, à son époque, Prévert : c’était la facilité, la démagogie, à l’époque on ne parlait pas encore de populisme, sinon bien sûr on l’aurait affublé de cette casquette. Lui parlait d’un de ses détracteurs "Celui-là, il a une grande quantité d'importance nulle. " Populaire et politique, la bourgeoisie intellectuelle ne supporte pas ce genre d’artiste.

7 novembre 2008

Il y a un événement mondial. Le nouveau président des Usa dont tout le monde souligne la couleur, fait la une du monde entier. (Heureusement qu’il n’est pas juif ). C’est la folie, c’est comme 89 - ou 2001. Or il y a ce 4 novembre historique, un événement beaucoup plus important et qui bouleverse ma vie : le 1er décembre, je toucherai ma retraite, j’ai rempli le dossier, j’ai revu mon plan de carrière.

( Oh là là,tous ces souvenirs que j’avais oubliés . A 14 ans, je travaillais comme ouvrier -dans l’usine de mon papa- à 21 ans j’étais vendeur ambulant sur la ligne Paris-Vesoul, Belfort. A 24 ans , professeur de lettres dans un collège de Courbevoie. A 25 ans, je fonde le théâtre de l’Unité). Donc, disais-je, je vais toucher une retraite tout en continuant le théâtre. C’est tout de même formidable. Etre en pleine forme, toucher plus de 1500 € chaque mois, peut être même plus, auxquels s’ajouteront les cachets de l’ Unité. La crise ! mais quelle crise ?

15 novembre 2008

Ah me disais-je, voilà une petite semaine tranquille, seulement deux repérages et un rendez-vous, je vais pouvoir recentrer mes pensées, et faire ce que j’ai à faire tranquillement, donc j’écris sur un post -it, mon petit programme de la semaine, avec les différentes tâches à accomplir. Le bilan est désastreux, J’ai même raté le seul rendez vous de la semaine, hyper important, pour une énorme action à entreprendre au Niger. C’était au 244 bd St germain, et moi à l’heure du rendez-vous j’étais fourré à France Télécom pour tenter de changer mon I Phone contre un I Phone 3 G. Mon père avait raison de dire que je n’étais qu’un raté.

21 novembre 2008

Impressionnante la carte de la chute des entreprises qui mettent la clé sous la porte. Peugeot ferme tout le mois de décembre. Même les moutardes de Dijon licencient. Pendant ce temps-là, les entreprises du CAC 40 battent des records de bénéfice. Mais les gens sont désabusés, fatalistes, ils assistent au spectacle du capitalisme qui s'écroule comme si ça leur était étranger, comme si c'était pas leur affaire. Les 2500 PDG les plus riches ont vu leur salaire augmenter de 51% en cinq ans. Tant mieux pour eux, Josette continue de dire " "c'est pas grave tout ça, qui vivra verra". J'ai la sensation que la montée d'Hitler s'est faite elle aussi devant un peuple désabusé. C'est terrifiant, on a fait de nous des ramollis du cerveau.

28 Novembre 2008

Au fait tu crois qu'il a touché quelque chose celui qui a inventé Internet ? Penses -tu ! C'est une association non lucrative qui s'appelle RAND, research and developement qui en 1962 va jeter les bases de cette invention. Paul Baran en serait l'inventeur, mais pas tout seul, bien sûr, tout ça pour dire que tout ce qui a été produit de grand sur cette terre l'a toujours été de façon totalement désintéressée. La motivation financière, celle qu'on nous ressasse à longueur de journée n'engendre que des krachs et de la misère. Faudrait vraiment que l'on se décide à changer le logiciel du capitalisme et sa recherche de profit, par un logiciel qui n'examinerait que la rentabilité humaine.



2009

2 janvier 2009

On me demanderait de choisir entre la mort de ma chienne et celle de 500 000 chinois, je n’hésiterai pas une seconde. Bien sûr, je suis attaché à ma Pina, et pas à des gens que je ne connais pas. Mais là, j’ai peur pour Pina, elle est en fin de vie, et cette peur un peu désuète se mélange à la peur de cette guerre soit -disant déclenchée contre le Hamas, mais qui en fait dégage un léger parfum génocidaire. Pina va mourir, c’est naturel, à Gaza, c’est politique. 400 morts, mais on nous parle à Paris d’un dangereux schizophrène qui s’est enfui de l’hôpital. Et moi, pendant ce temps-là, je tâche d’être drôle, j’envoie un SMS. J’écris « bonne apnée 2000 neuf. Casse pas la tête, pas de problème », adage canaque. C’est débile. J’envoie ça mais en fait j’ai un mal à la tête mixte et ciblé : pour Pina qui va mal et en pensant aux F16 israéliens. Quant à Dieudonné, je m’en fous, en parler, c’est tomber dans ses filets, il a un plan diabolique ce garçon, c’est nous prouver que les racistes et les esclavagistes, c’est nous.

9 janvier 2009

À Niamey, les décorations de Noël font ridicule. Je ne m’y fais pas, Noël c’est en hiver, c’est dans le froid, pas en pleine chaleur estivale. Ce pays ne tient qu’une première place, celle du pays le plus pauvre du monde. J’ai mes réflexes de l’étudiant en géographie que j’étais, j’examine le PIB, le taux de développement humain, mais surtout je vois, je touche, je sens. La France, sans honte aucune, est fière de leur voler leur uranium. Le partage se fait à 66,4 pour la France 36,4 pour le Niger. C’est la honte, mais c’est comme ça. Et pourtant au milieu de cette misère, je n’arrive pas à comprendre comment ils sont une bonne centaine, à décider de persévérer dans le théâtre, à danser, à rire, à chanter. Nous préparons une pièce de rue avec ces acteurs magnifiques, habités de la conviction inébranlable que l’homme doit être au centre, mais qui sont bafoués tous les jours un peu plus par leur gouvernement. À la conférence de presse qui annonçait un festival de la parole. Hachoumi, acteur-entrepreneur s’écroule en larmes, quand on lui demande si le ministère de la culture participe au financement, puis rit de bon cœur en annonçant que durant le festival, les acteurs pourront manger du riz blanc offert par un sponsor.

14 janvier 2009

Je suis riche, riche, riche. Quand je suis à Niamey, je suis un riche. C’est écrit sur mon visage. Riche. J’ai une puissance d’achat cent fois, ou cinq cents fois supérieure à tous ceux que je vois. Je peux rentrer dans n’importe quel hall de grand hôtel climatisé, on me salue en tant que blanc, en tant que riche, je peux m’asseoir au bord de la piscine, ne pas consommer, c’est un havre de repos pour riches. Cependant, je découvre que c’est fatigant d’être riche. Quand t’es riche, tous les pauvres te harcèlent, tous les pauvres t’envient, tous les pauvres te poursuivent. Ils ont pourtant des religions qui leur disent de ne pas voler les riches et d’être fiers d’être pauvres, mais là non, c’est plus fort qu’eux, ils sont prêts à pécher. Ce qui est dingue, c’est que ma position de riche ici, me fait penser en riche. A un pauvre malheureux qui me colle pour 10 cts je me surprends à dire : « Au lieu de mendier et de t’en prendre aux riches, et de prier Allah toute la journée, apprends donc à travailler, moins que rien» !

23 janvier 2009

Si je comprends bien, pour qu’il y ait croissance donc baisse du chômage, il faut que je consomme. Donc tout est fait pour m’inventer de nouveaux besoins. Par exemple on me fait consommer de l’eau gazeuse en bouteille, plutôt que l’eau du robinet. 66 cts la bouteille. Je découvre ce chiffre hallucinant nous consommons plus de 5 milliards de bouteilles par an, et seulement la moitié est recyclée. Donc la consommation est en contradiction avec « sauvons notre planète ».,Je n’en peux plus, je suis pris au piège. Si je ne consomme pas, je crée le chômage, si je consomme, je tue la planète. Finalement je me suis acheté un nouveau gadget : je transforme l’eau du robinet en ce que je veux, Coca, Fanta, Orangina, eau gazeuse. J’ai arrêté le déluge de bouteilles en plastique. À chacun ses petites joies de citoyen durable.

23 janvier 2009

J’aimais l’appeler Princesse Pina. Elle jouait dans tous les spectacles, elle adorait les saluts, la vie de compagnie, les tournées. Hervée me l’avait offerte le 23 janvier 1996, elle m’avait dit « tiens ce sera ton meilleur anti- dépresseur ». Jour pour jour le 23 janvier 2009, Pina va se cacher au fond du jardin pour mourir. Il paraît que le moment précis de la mort se choisit, même chez les animaux. Pina a attendu sagement que je revienne du Niger, elle a attendu le moment précis de mon anniversaire, elle nous a dit « je suis fatiguée, je n’ai plus envie de rien ». Voilà. Pina aimait beaucoup Tchekhov, elle connaissait parfaitement la succession des scènes d’Oncle Vania, elle elle ne manquait jamais la fête des moujiks et la danse finale. Pina aimait les grands repas de la maison Unité, Pina appréciait Molière, elle jouait la chienne d’Elvire, elle jouait ma compagne à poil dans la Princesse Limousine. Le monde du théâtre perd une de ses grandes actrices, et Jacques Livchine perd sa fidèle compagne. (elle n’a pas été si fidèle que ça, la chienne .. )

30 janvier 2009

Donc c’est la grande manifestation unitaire du 29. Tout le monde y est. 2 millions de personnes. Les slogans : sauver l’école, l’hôpital, la culture, les services publics. Le chef de l’état répond par un bref communiqué. Les commentateurs pataugent, moi je schématise. Les pauvres sont dans la rue, ils hurlent, les riches se sont inventés la huitième merveille du monde, la crise.

Au nom de la crise, plus que jamais, ils se partagent des sommes d’argent éhontées, la République verse des milliards aux banques, en leur demandant de faire un petit geste pour ne pas trop énerver les pauvres, ne pas toucher leur bonus. C’est d’un cynisme achevé, le bataillon des sans grades qu’on jette à la rue froidement a même tendance à culpabiliser, à se dire que c’est de leur faute, que c’est la fatalité, le destin , ou encore mieux, comme dit Josette « c’est pas grave tout ça, c’est la vie »


Vendredi 6 février 2009

J’ai peur de m’ennuyer. Le théâtre me monte souvent à des niveaux d’incandescence de vie gigantesques, donc après c’est la zone de dépression. C’est clair, il n’y a que le théâtre pour m’arracher à la torpeur et à la tristesse de l’existence. Je suis en déficit de théâtre. J’essaye de compenser par des voyages, par des rencontres. Cela me fait quelques petites zones d’ensoleillement. Mais après c’est la rechute. De plus, l’épidémie de grande sagesse qui envahit la société augmente l’ennui. Fumer est interdit, boire c’est dangereux, pas de vitesse, pas de bonbons au réglisse, pas de crème de marrons. La plupart des fromages n’ont plus de goût. Les journaux sont fadasses, les pièces de théâtre se boyscoutisent, les expositions d’art sont ineptes. Il nous reste quoi ? On se comprend, mais de ça, on n’a pas le droit de parler.

14 février 2009

En 1966, j’avais été très ébranlé par une conférence de Gatti à la Sorbonne, et le voici de nouveau qui rentre dans ma vie. Il à 85 ans. Je l’entends dire sur Inter, que le théâtre est un enterrement et que la peinture s’est arrêtée à Léonard de Vinci. C’est énorme, et moi qui aime les énormités, jamais je n’aurais ce courage de parler si brutalement. Sur le théâtre, évidemment, très souvent, on s’interroge sur la nécessité et l’urgence de tel spectacle, et cela ne m’étonne pas que Gatti parle d’enterrement. Sur la peinture, très honnêtement, l’engouement de l’exposition du grand Palais, Picasso et ses maîtres, est démesuré. On attend deux à trois heures, on est serrés comme dans le métro, on aperçoit les œuvres à travers 3 rangées d’individus et à chaque fois on a la même réaction , on admire le modèle et on jetterait bien le Picasso. Moi pour rire, je me pose à chaque fois la question : est ce que j’achèterais une œuvre de Picasso, même à 70 €. Jamais de la vie.

21 février 2009

C’est quoi un artiste exactement ? A quel moment exact serais-je capable de dire : « celui-là ou celle là a quelque chose ». Il y a des milliers de gens qui font de la peinture, de la musique,ou du théâtre, qui maîtrisent toutes les techniques, ont suivi des dizaines de stages et ne sont en rien des artistes, et pourtant ils en vivent. C’est ça qui engendre l’ennui qui règne dans les musées, les théâtres, les salles de concert, tous ces lieux dévolus à l’Art sont encombrés de gens qui n’ont rien à dire. Mais alors, c’est quoi un artiste ? En simplifiant, selon moi, c’est avant tout un malade, qui a en lui une blessure intime que rien ne peut résorber. Cette blessure qui ne le quitte jamais, ce mal-être permanent, le conduisent sans arrêt à des actes fous et inconsidérés, que certains appellent œuvre.

Cette théorie-là peut vous paraître une naïve évidence, mais je crois bien que c’est une de mes meilleures théories. Dans les stages que je dirige, j’y vais carrément « bonjour, c’est quoi votre blessure intime » ?

27 février 2009

Va voir sur Google … Pour tes acouphènes, pour les dates, pour le navarin d’agneau, pour les chiffres, pour savoir qui est ce lui-là. Je ne sais même plus comment je faisais avant. Et puis maintenant, plus de journaux, mais des dizaines de vidéos par jour d’une insolence sans pareil. Des blogs d’une liberté de ton totale. Et le relevé du courrier ! Ce mot d’amour qui n’arrive jamais, et puis les facebook, les myspace. 1 milliard et demi de pages sous la main. Le poème que j’avais oublié, je tape le premier mot et ça sort. Un jour, on va apprendre qu’on a oublié de réguler, et ça va être comme la finance. Tout va s’écrouler, tous les sites, tous les blogs, tout sera détruit. Ah la panique. Retour au Larousse universel, et les experts qui avaient oublié de prévoir que les réserves de sites étaient en surchauffe et allaient exploser nous expliqueront le pourquoi de la chose et on n’y comprendra rien, on n’aura même plus Google pour nous expliquer.

6 mars 2009

Par deux fois cette semaine, par deux jeunes femmes différentes, je m’entends dire : « je te trouve beau, plus beau qu’avant ». Pourtant quand je me regarde dans un miroir, je ne trouve pas que je ressemble à Antony Perkins. On m’a raconté qu’Ariane Mnouchkine aurait dit à un de ses comédiens qui avait vendu son visage dans une pub télé, que ce genre de compromission allait marquer son visage du sceau de l’infamie et que s’il continuait sur sa lancée, il finirait par devenir laid. Le visage refléterait-il la beauté intérieure ? J’ai peine à le croire. J’ai longtemps scruté à Berlin dans le musée Wannsee, les visages de ceux qui avaient opté pour la solution finale en 1942. Rien d’anormal, pas de trace de cruauté diabolique dans leurs yeux. Par contre, nos expulseurs d’enfants, Hortefeux ou Eric Besson ont le visage qui correspond à leur sale besogne. Quant au chef de l’Etat, il est le portrait craché de Tartuffe. Moralité : il faut se méfier, il y a des têtes d’ange qui cachent des salopards, et des têtes de salopard qui cachent des anges, mais il y aussi des têtes de salopards qui sont des salopards, et des têtes d’anges qui sont des anges. Et moi, deux femmes m’ont trouvé beau, plus beau qu’avant.

13 mars 2009

Je me suis mis dans la tête que j’allais mourir le 20 février 2020. Plus que onze ans à vivre. Je sens bien que j’entre dans le couloir de tous les dangers. Tout autour de moi, les amis s’en vont. Jeanne Marie, Marie Pillet, Saskia, Christophe Merlant . J’observe cependant avec intérêt la vitalité créative des octogénaires, Boulez, Gatti etc. La création maintient en vie. De l’autre côté, Je regarde tous ces jeunes à qui il reste encore 60 ans à vivre avec anxiété. Je me demande comment ils vont réussir à construire leur vie, à trouver leur chemin, j’envie leur sveltesse, leur peau lisse, leur capacité à grimper dans un arbre, mais j’ai peur pour eux, c’est si dur de réussir sa vie. Je n’ai qu’un seul conseil à leur donner : fixez votre objectif et le reste suivra.

20 mars 2009

J’enregistre pour France culture. Pour une heure d’émission, il faut environ six heures de bandes. C’est donc une discussion à bâtons rompus avec Sylvie G. mais d’un seul coup sur une question anodine du style « c’est quoi ton rêve immédiat », je suis pris au dépourvu, je sens que je trébuche, je me répète la question dans ma tête, faut pas que je laisse trop de silence, je m’interroge, je me dis que ce n’est pas possible, je n’aurais aucun désir ? aucun rêve ? et finalement je réponds : « me promener dans la montagne avec la petite Elanka, le bouvier bernois que j’aurais en avril ». Oui c’est que j’ai répondu alors que j’aurais pu penser à la paix en Palestine, à un meilleur partage des richesses en France, aux réfugiés de Lampedusa. Mais non, cela ne m’est pas venu, j’ai parlé d’embrasser le printemps avec un chien. Minable. On a donc des grands rêves pour l’humanité, et de minuscules désirs égoïstes de bonheur personnel quotidien. La prochaine fois je ne me laisserai pas surprendre, je répondrai dare dare : « mon rêve, c’est de ne pas produire trop de CO2 » et là, l’auditeur de France Culture aurait pu admirer mon esprit citoyen.

27 mars 2009

Parfois je vais mal, parfois je vais bien. Je ne contrôle pas les paramètres de mon bien –être.

Parfois je vais bien et mal en même temps.

Quand je vais mal, c’est que ça macère, ce n’est pas agréable, mais c’est nécessaire. Création oblige.

Je devrais aller bien aujourd’hui, j’ai reçu la revue Théâtre Public avec 9 pages magnifiques sur Oncle Vania à la campagne, et pourtant je vais mal. Je n’arrive pas à me concentrer, je perds mes carnets, mes stylos, je ne sais pas ce que je veux. J’ai une émission de télé qui se prépare, et une autre, et un documentaire et une émission de France culture, donc question reconnaissance cela devrait aller. Mais je vais mal. Le Kapouchnik me fait peur, c’est le N° 55, j’ai peur, il y a la présidente de région qui vient et Moscovici. Il faudrait allumer les socialistes, mais stratégiquement pour l’Unité, ce ne serait pas très malin. L’auto censure, voilà la coupable de mon mal, mais c’est là qu’il faudrait se la jouer en finesse.

Samedi 4 avril 2009

Thierry s’est repris rapidement, il avait parlé de Province, il s’est excusé. Province, c’est le contraire de la Capitale, la province dort, la province, ce sont les fenêtres aux rideaux épais à travers lesquels une femme épie souvent l’étranger qui passe dans sa rue, la province, c’est synonyme de conservatisme, de passivité, de ringardise.

Maintenant on doit dire « Région ». Est -ce pour autant que l’esprit provincial a disparu ?

A chaque fois que je reviens à Paris, je sens bien que je suis à Paris, je sens l’air de Paris, je sens des habitants plus libres, plus décomplexés, plus à l’aise qu’à Montbéliard. Mais Montbéliard ou Audincourt, c’est spécial, c’est austère, pas un seul café sympathique ouvert après 19 H. C’est la chape de plomb Peugeot. C’est la province ++. Si seulement les élus de gauche avaient de la trempe, ils nous confieraient la mission de rendre Montbéliard plus attractif. Nous relèverions le défi.

vendredi 10 avril 2009

Quand je n’ai pas de hautes montagnes à escalader, je vais mal. J’ai besoin de sommets, j’ai besoin de conquêtes. Le problème à mon âge, c’est que j’ai presque tout fait. J’ai joué partout, ou quasiment, de la Chine aux USA, en Russie, en Australie, en Corée, en Guyane, en Nouvelle-Calédonie. J’ai joué dans la brousse, sous la neige, dans le vent, j’ai joué pour pas de monde, et pour beaucoup de monde. Je suis allé de Paris à Pékin en train. Alors là, je dois suivre le précepte chinois : “quand tu arrives sur le sommet de la montagne continue de monter ».

Ouf ça y est, je me suis trouvé une haute montagne. Rejoindre mes amis du Niger pour leur festival en automobile en traversant cinq ou six pays, accompagnés d’une vingtaine de compagnies de théâtres. Organiser des fêtes d’étapes. Appelons ça « le grand périple ». C’est le rêve que j’avais à 20 ans. Dès que j’en parle, tout le monde a envie d’être du périple. Je vais voir sans trop d’espoir le ministère des affaires étrangères pour évoquer ce projet. Grand étonnement de ma part. Ils ne brandissent pas le panneau « sens interdit ». Ils semblent intéressés. Zut alors, je vais être obligé de concrétiser ce rêve.

samedi 18 avril 2009

Je ne comprends pas pourquoi je n’arrive pas à vivre sans chien. Cela date de l’enfance. De l’âge de 3 ans à 17 ans, j’étais toujours accompagné d’un berger allemand, que je préférais 10 000 fois à mes parents. Par tranche de 13 ans ma vie est balisée par Carmélo, Groucha, Yok, Pina, et voici la fille d’Archy et d’Avalanche surnommée Elanka en hommage à Tchekhov.

Nous avons quasiment la même espérance de vie tous les deux. C’est tordu de se dire que lorsque Elanka aura atteint son âge critique, il en sera de même pour moi.

Vendredi 24 avril 2009

L’architecte de la friche Japy (Drezet, que son nom soit honni à jamais ) nous a fait une salle aux parois d’un verre spécial et tellement sophistiqué que lorsque le soleil se met à taper dessus vers 16 H 30, la salle devient impraticable et que nous sommes même obligés d’arrêter les kapouchniks à cause de cette surchauffe.

La bagnole n’a fait aucun progrès depuis la DS 19 de mon père. Le ingénieurs sont forts en ergonomie, mesures physiques ;mais en imaginaire, philosophie de la vie des gens, fantaisie, ils sont les nuls de chez nuls tant leur vision du monde est rétrécie par la technique.

Tous ces chercheurs du futur de l’auto vivent à nos côtés. Il est impératif que la culture soit la priorité du pays de Montbéliard, toutes les villes qui ont choisi la carte culture, comme Lille Nantes, Montpellier connaissent un vrai essor.

Vendredi 1er mai 2009

Faut que fasse le ménage dans ma tête. Cela bouillonne de trop. Pourquoi n’y a t-il aucun mot valorisant pour nommer un juif ou un arabe. Les deux vocables sont péjoratifs. Alors je dis toujours que je suis d’origine russe. Il est horrible le fait divers Fofana. Ce dernier va réclamer une rançon pour Ilan Halimi car il pense que les juifs ont de l’argent. L’anti-sémitisme existe, c’est vraiment un sale virus incrusté, et l’anti-arabisme encore plus. Sauf que quelqu’un qui est originaire du Maghreb, cela se voit, or va donc reconnaître un juif ! Pas évident/

Vendredi 8 mai 2009

Tu ne sais pas ce que c’est un lipdub ? C ‘est hyper important. On a fait notre lipdub, il n’est pas encore en ligne, mais c’est pour « very soon ». Voilà comment on parle quand on est de son siècle. Cela fait 40 ans que nous résistons à la vague audio- visuelle, armés de l’argument suprême: « le théâtre par essence, c’est ce qui ne se filme pas »Donc à l’impératif rituel « Vous m’envoyez votre DVD ». Nous répondons par la négative et assez hautains. « Notre théâtre ne se filme pas ». À Canal + qui manifestait le désir de faire des kapouchniks une émission régulière, nous avons répondu hautains : « le théâtre, cela ne se filme pas ». Et puis voilà, les vidéo- projecteurs sont partout, reliés à l’ordi, cela projette en grand. Celui qui n’est pas capable de montrer la moindre image de ses réalisations est condamné. Or ne voilà t-il pas qu’un réalisateur de FR3 nous approche pour préparer un 52’. Il doit faire vite, Nous allons enfin avoir notre DVD ! Quelques jours plus tard, on nous annonce que Martine Deyres qui a elle aussi un projet très ancien de 52 ‘ a le feu vert d’une boîte de production. Deux DVD d’un coup. On se rattrape, mais deux DVD d’un coup, on nous dit que ce n’est pas possible. En matière de 52 ‘, l’équation est la suivante. 1+1 = 0. Alors, nous, imperturbables nous continuons de dire : « le théâtre, c’est ce qui ne se filme pas ».

Samedi 16 mai 2009

Dans ma « story telling » il y a Roger Planchon, et depuis je sais qu’il est mort le 12 mai, je me sens bizarre. Je ne sais plus quel âge j’avais et ce qui m’avait pris de partir seul en Solex au théâtre des Champs Elysées assister à la mise en scène de « Schweyk dans la deuxième guerre mondiale » de Bertolt Brecht. A 22 H 30 à la fin du spectacle, je n’étais plus le même. Cela s’est joué en deux heures comme un coup de baguette magique, mon esprit s’était ouvert, je voyais la vie autrement. Je n’imaginais pas à cette époque que l’Art, c’était une façon de décrypter la société, de prendre parti, de donner sa vision des choses. Ensuite durant des années nous partions avec Edith et des amis, pour Villeurbanne, en 2 CV pour voir ses spectacles, nous revenions à Paris au petit matin. Cet homme-là-là avait une force, un engagement, j’écoutais avec passion tous ses entretiens. J’ai toujours eu besoin de lui pour vivre et grandir. Il était pertinent et cinglant. Il y a beaucoup de Planchon, dans le « pourquoi je fais du théâtre ». Je n’ai jamais osé lui parler, je me serais senti trop ridicule. Ce qui est bien, c’est qu’il s’écroule à 77 ans, sans être malade, et au travail.

Vendredi 22 mai 2009

J’adore lancer à table le débat sur “peut-on aimer sans aimer” avec en corollaire “L’art d’aimer, faut-il suivre des stages » ?

Mon fils de 40 ans baisse son nez dans son assiette, tant il a honte d’un père qui étale sa vie sans retenue. Et moi j’adore troubler l’assemblée depuis que j’ai appris dans un traité énormément de secrets, dont je n’avais pas la moindre connaissance. Et là, je fais croire à ceux qui sont autour de la table que j’ai suivi un stage à Los Angeles en 1982, sur la connaissance profonde de l’amour, théories et pratiques, mais je rassure tout le monde : « non le bon coup n’existe pas en amour ». Toute ma vie, j’ai eu peur de ça, et je me disais sans arrêt que tous les hommes devaient être cent fois meilleur que moi en résistance, en astuces, en finesse, en inventivité amoureuse ». Il paraît que non, ce serait plutôt « la bonne clé pour la bonne serrure ».

Vendredi 29 mai 2009

Les artistes d’Europe ont-ils été invités un jour à débattre de leur conception de l’Europe ? La circulation des œuvres s’est elle améliorée depuis que l’Europe existe ?

A t-on une seule fois discuté de ce que pourrait être une Europe de la culture, car c’est bien- sûr par là qu’il fallait commencer.

Pourtant c’est une bonne idée de mettre ensemble 27 pays, 495 millions d’habitants et que ces 27 pays prennent des positions, par exemple pour être aux côtés d’Obama pour faire reculer Israël, que ces pays prennent position pour dire que 8400 milliards de dollars pour renflouer les banques, c’est en équivalence la suppression de la pauvreté dans le monde pendant 50 ans, donc ne plus avoir ces noyades ces camps de rétention, ces barrières électriques qui sont le scandale et la honte des pays civilisés.

Excusez- moi, Messieurs les députés, vous ne me verrez pas au bureau de vote le 7 juin, je suis étranger à cette bureaucratie, et en tant qu’étranger je ne me donne pas le droit de vote.

Vendredi 5 juin 2009

Voilà un individu qui escroque 607 000 € chaque année à la Nation française. Voilà un individu qui rêve de changer de nationalité, voilà typiquement le pire des modèles pour notre jeunesse. Et c’est pourtant notre héros national, et pour quelques millions d’Euros encore, la présidence lui commande le show de la tour Eiffel. Et pendant ce temps-là, celui qui aurait, sans qu’on en soit sûr bloqué, un TGV pendant trois ou quatre heures, fait six mois de prison. Celui qui a vendu 150 € de cannabis se retrouve trois semaines sous les verrous.

Personnellement, j’interdirai le spectacle de Halliday en France, pour que l’on soit obligé de le voir dans les paradis fiscaux voisins, et que cela fasse un peu réfléchir le peuple et nos gouvernants.

À part ça le show est formidable, va encore rapporter quelques millions de plus qui enrichiront les banques suisses. Et ça tout le monde s’en fout…

Ce qui me console c’est que j’ai le même âge de Johnny et ce sont les jeunes de mon âge qui ont l’énergie et qui font l’événement ici ou là.

Vendredi 12 juin 2009

Il me dit : « c’est vous Jacques Livchine ? oh, je suis si heureux de vous rencontrer. Je vous suis depuis longtemps, je vous apprécie et bla bla bla ». Au lieu d’être content d’avoir un admirateur, je le trouve suspect, je trouve qu’il en fait trop, je suis persuadé qu’il va me demander quelque chose. Mais non, il m’interroge sur mes projets, je suis sûr que cela ne l’intéresse pas, mais si, il veut tout savoir. Je voudrais m’enfuir. Je ne crois pas que l’on puisse être sincère et faire autant de compliments. Il me présente à d’autres personnes. Vous savez qui c’est ? C’est le grand Jacques Livchine. Là, je n’en peux plus. Cela recommence : « Alors, c’est vous Jacques Livchine ? je suis heureuse de vous voir en vrai, je vous lis etc. ». J’ai envie d’appeler à l’aide. Je ne sais pas pourquoi, ces gens qui me vouent de l’admiration, je les crains. Quand à mon tour il m’arrive d’admirer quelqu’un, je tente de placer mes compliments avec un peu d’ironie, je ne dois pas être très juste, parce que la plupart du temps, ils pensent que j’ai un petit grain, que je suis légèrement dérangé.

Vendredi 19 juin 2009

« Comme ça, ça sera fait » et « voilà une bonne chose de faîte » sont deux expressions qui se complètent bien. Personnellement je déteste : « comme ça, ça sera fait », ce sont les personnes trop organisées qui font du « comme ça, ça sera fait ». Ma défunte tante Yvonne mettait la table du petit déjeuner la veille, et elle l’accompagnait toujours d’un « comme ça sera fait ». Moi au contraire, je ne fais jamais du « comme ça, ça sera fait », je repousse à plus tard, je laisse les situations pourrir, je ne rappelle jamais. Et puis ne voilà t-il pas qu’hier, j’accomplis non pas du « comme ça, ça sera fait », mais du “voilà une bonne chose de faite ». Quand la chose a tellement attendu, comme ce rasoir que je devais faire réparer voilà déjà 4 ans, le plaisir d’aller jusqu’à la clinique du rasoir à Bastille, et de réussir l’opération m’a fait dire cette belle formule : « voilà une bonne chose de faîte » et je l’ai accompagnée d’un frottement de main rapide. C’était le plaisir de ma journée. Enivré par mon activisme, j’ai acheté une paire de bretelles, mais là, malheureusement ce n’était pas une « bonne chose de faîte », elles étaient « bordeaux » et moches.

Vendredi 26 juin 2009

Ma 307 s’essouffle, tout ce qui faisait son charme il y a six ans s’est cassé, elle peine dans les côtes. J’ai une théorie qui dit qu’on est dans le même état que son automobile. Si c’est le cas, cela voudrait dire que je suis au bout du rouleau.

Il est vrai qu’il y a une atmosphère de mort légère qui flotte dans l’air. Tous les deux jours, j’entends parler d’infractus, de cancer, de fin de vie, de gens qui fatiguent, d’épuisements, de renoncement à la résistance.

Pas facile d’être jeune et nerveux avec 280 000 km au compteur. T’inquiète, lundi, j’en aurais une nouvelle, je ne vais certainement pas suivre le destin de ma “caisse”.

Samedi 4 juillet 2009

On ne pense jamais assez au fait que lorsqu’on élit un homme politique à n’importe quelle fonction, on lui confie l’argent de la nation, et c’est lui qui le gère. Les budgets sont ainsi faits qu’ils sont aussi illisibles qu’un traité européen ou qu’un contrat d’assurance. N’empêche que lorsque le président de l’agglomération de Montbéliard finit par nous dire le prix de l’enquête Sofres commandé par ses soins pour connaître les pensées profondes de la population en ajoutant, que tout compte fait, en comparaison du budget global, c’est une somme minime, je reste légèrement coi. Bien sûr 400 000 €, c’est pas grand chose, c’est moins que 750 000 € payés pour une pub invisible sur les maillots de nos joueurs de football de Sochaux, 400 000 €, pour apprendre que la première préoccupation des 4% de personnes qui ont répondu, c’était l’emploi, 400 000 € c’est moins qu’1 million d’€ versés à la boîte privée qui gère notre Zénith local (L’Axone). Mais ce que l’on vous demande Messieurs, c’est d’arrêter de nous dire, lorsque l’on vient vous voir pour la culture, que les caisses sont vides. Non, de l’argent il y en a, ça dépend pour quoi, mais normalement nos socialistes devraient être conscients que seul le « poétique » pourrait mettre un frein au « brouillard de voracité » qui nous enveloppe de toutes parts.

Vendredi 10 juillet 2009

J’ai toujours l’impression que tout ce que l’on gagne en montant dans la hiérarchie de l’instruction on le perd en vie, en pétillement, en spontanéité.

Repas à la Maison Unité avec Alexandre Bouglione et Délia. (Cirque Romanes).

Alexandre n’est jamais allé à l’école, il a appris à lire à l’âge de 20 ans, et là il a découvert l’écriture grâce à Jean Genêt et Lydie Dattas. Chacune des mille histoires qu’il a à nous raconter est en soi un vrai poème. Et puis de plus, c’est peut être bien de ne pas être attaché à un pays. Alexandre est Rom ou tzigane, il appartient à un peuple- Pour lui le passeport ne veut rien dire. Voilà, pas de pays, pas de connaissances scolaires, je suis tellement idiot que je me dis : beau cocktail en vérité que celui-là.

Vendredi 17 juillet 2009

Retour d’Avignon. Je suis taraudé par une récurrente question. Le public a t-il toujours raison ?

Ça fait peur. Je le vois applaudissant debout devant des pièces revues et déjà vues et ronronnantes et mortifères. Mais ils applaudissent quoi ? Ils sont cons ou quoi ? Je les vois s’ennuyant, je les vois largués, et ils font un triomphe à ce qu’ils n’ont pas compris. Ils aiment se sentir au dessus du lot. Mais aiment –ils vraiment le théâtre ou ont ils envie de s’y montrer et de dire dans les salons mondains qu’il y étaient ? C’est d’autant plus troublant que lorsque le succès tombe sur l’Unité, j’essaye de savoir si c’est pour de bonnes raisons. La plupart du temps, je constate qu’avant même d’avoir vu, on leur a dit que « c’était de la balle », alors ils disent que c’est de la balle. Le succès est toujours un grave malentendu. C’est tout de même dur de se dire que le public est imbécile. La seule chose qui m’ait remuée sur Avignon n’a aucun succès.

Vendredi 24 juillet 2009

Je me fais un devoir de ne jamais me taire. Or à ne pas vouloir nommer les choses, on ajoute au malheur de l’humanité. (C’est Albert Camus qui le dit). Je crois qu’il faut se mêler sans arrêt de ce qui ne nous regarde pas. Or la tendance majoritaire c’est ce proverbe idiot :” pour vivre heureux, vivons cachés ». Surtout au pays de Peugeot Montbéliard, se taire, se terrer, ne pas se faire remarquer est devenue quasiment une religion. Tout le monde a peur des retours de bâton. Par exemple à Montbéliard, on n’a pas le droit de critiquer Peugeot ; quand je me suis aventuré à le faire, j’ai immédiatement reçu un avertissement du maire : “on ne critique pas ceux qui contribuent à la prospérité de la ville ». Bref, on ne crache pas dans la soupe.

Avant- hier, je me suis permis de mettre en cause la décision de notre majorité PS de participer à Interville, pour faire connaître notre agglomération en prime time à la télévision. J’ai écrit que ce populisme était dégradant. Les réponses sèches ne se sont pas fait attendre. En filigrane, j’ai senti venir : “ si t’es pas content, casse-toi “. Bref, il faut savoir doser ses critiques. Jusqu’où peut-on aller dans la liberté de parole pour ne pas se faire virer ?

Vendredi 31 juillet 2009

« Il faut absolument que t’ailles voir ça » ! Voilà une des phrases que je déteste le plus. Quelle prétention de m’enjoindre d’aller voir ça, parce que c’est à voir ! Excusez moi, mais personne ne me connaît assez pour savoir ce qui me plaît ou ce dont j’ai besoin.

C’est la saison des festivals , alors c’est carrément la pléthore créative. Est ce de la vitalité , ou est –ce une prolifération de cellules cancéreuses, ces deux milles pièces de théâtre, qui telles une éruption cutanée violente sortent chaque été, avec ce premier dommage collatéral grave « Il faut absolument que t’ailles voir ça ». Parfois, à table, il y a des confrontations tournant à l’affrontement. Natalia se vante d’être une des seules à avoir adoré « Forêts » Hervée, quant à elle a abhorré ce trop plein de mots inutile. La conversation se tend. « Comment peux tu aimer ça » ? On en arrive presque à l’injure. « Comment peux- tu aimer ça » , et je pense au ça d’Hervée, en imaginant qu’elle évoque l’amoureux de Natalia, Max, qui est assis jusqu’en face et qui écoute placidement. Et je lance « heureusement, Mesdames que vous n’aimiez pas toutes Max ! La nature est comme ça : il y a ceux qui aiment les piments oiseaux , ceux -ci aiment un théâtre assez cru, celles ou ceux qui raffolent des glaces à la framboise aiment les petites fictions roses. Celles qui aiment Max , apprécient “Forêts”. A chacun ses amoureux, ses plats préférés et son théâtre. Arrêtez de vouloir me forcer à voir un théâtre que je ne supporte plus depuis longtemps.

7 août 2009

J’ai quatorze jours de libre. Faut que je les remplisse. J’ai des obligations de grand -père. Tous ces enfants n’ont pas de télé chez eux. Chez Papy Jack, ils se rattrapent. Je n’aime pas les interdits. Tous les jours, faut faire quelque chose. Hier, on est allés à la Chaux de Fonds au festival de théâtre de rue, aujourd’hui Bussang, demain la Lozère pour une fête de village, lundi on ira rejoindre le Brozzoni qui fait son pèlerinage jusqu’à Compostelle. Hervée me dit que mon « bougisme » la dégoûte, et ce qu’elle aime c’est contempler sur sa terrasse le panorama des Pyrénées. Elle dit qu’elle se repose. Son immobilisme m’insupporte. Moi, je dois éprouver, j’aime les routes. Il était une fois deux amis, l’un regardait le monde de sa fenêtre, l’autre parcourait le monde. Au bout de dix ans, ils se retrouvent, et font le point, et bien, ils sont arrivés aux mêmes conclusions.

14 août 2009

Être mort et ne pas le savoir, c’est une situation dure à vivre, et c’est pourtant ce qui m’arrive.

J’apprends par une personne bien introduite dans le milieu des Arts cette nouvelle stupéfiante « Artistiquement, Livchine, est mort, il ne fait plus rien, c’est fini pour lui ». Une sacrée nouvelle.

Eh, oui, pendant neuf ans nous étions scène nationale, 3000 € par jour, 250 articles par an dans l’Est républicain, puis nous sommes redevenus compagnie, dix fois moins d’argent, dix fois moins d’articles, alors évidemment, dans le Pays de Montbéliard, nous sommes vécus comme morts, mais les braises ne sont pas éteintes…. Cela pourrait bien se rallumer.

21 août 2009

Alors Tel Aviv ? Jacques, tes impressions ?

Supposons que je ne sache rien, je vois quoi ici ? J’entends quoi ?

Je suis en Occident c’est sûr, cela regorge de monde, dans les restaurants, dans les cafés, il fait chaud, tout le monde mange des glaces. J’entends énormément parler russe, polonais, français, hébreu, je ne sais pas si ce sont des touristes ou non. Il y a des magasins hyper à la mode, très peu de police. Les plages sont si noires de monde que c’en est ridicule. A certains coins de rue, le vendredi, il y a des mecs habillés comme en hiver, alors qu’il fait 35 °, ils voudraient me coller des lanières au bras. Il y a deux ou trois pauvres allongés et qui mendient, il y a des chiens. Il y a surtout une vie énorme. Attay dirige le festival de théâtre qui m’invite, il habite Jaffa, face à la mer, les maisons sont illuminées comme à Noël, je lui demande pourquoi, il me dit que c’est ramadan, il m’entraîne dans un super restaurant arabe. Chez lui, il n’y a de signe religieux que quelques bimbeloteries chrétiennes dont il se sert au deuxième degré comme du Warhol. Son voisin est super, c’est un arabe. Reut nous guide dans le quartier yemmenite « Ne me dis pas que tous le gens que’ l’on côtoie sont juifs, lui – dis- je, elle me dit que si bien- sûr, mais alors pourquoi ont –ils des têtes et des teints d’arabes” ? Le problème, c’est que l’on ne voit que ce que l’on croit. Alors bien sûr, je vois que les juifs et les arabes pourraient tranquillement vivre côte à côte sans se bouffer le nez. Et ça, je le vois et je le crois.

Vendredi 28 août 2009

Tel Aviv


Je me dis finalement, les Etats Unis, ce sont des occidentaux qui envahissent un pays et massacrent ses habitants. L’Amérique du sud, c’est la même chose sauf qu’ils arrivent d’Espagne et du Portugal. Alors Israël ? C’est le même genre d’invasion. Sauf que les descendants des ottomans qui cultivaient quelques terres arides n’acceptent pas d’être relégués dans quelques réserves comme les Indiens d’Amérique. Il fait chaud ici, très chaud, à Tel Aviv, et c’est vraiment une enclave blanche au coeur des pays arabes, et cela fait un drôle d’effet de voir tous ces russes, ces polonais, ces slovènes dans un pays si chaud.

Alors je fais la proposition suivante à l’ONU. Nous blancs, nous reconnaissons avoir occupé des terres pas forcément à nous, en échange l’Europe élargie, les Etats Unis avons le plaisir d’inviter 5 millions de musulmans en provenance du moyen orient dans nos contrées froides. Ils pourront éventuellement fonder des enclaves musulmanes au sein de l’Europe.

Je suis tout de même bien taré de rêver des machins comme ça ? Je ne pense qu’à ça, à une sorte de justice réciproque.

Vendredi 4 septembre 2009

Enterrer les morts, réparer les vivants (Tchekhov)

Ces femmes ce sont des femmes du pays de Montbéliard, j’en connais certaines , mais style bonjour ça va ? Et voilà que pour les besoins d’un spectacle occasionnel pour les 20 ans d’une association d’insertion, (femmes actives ) elles acceptent de nous faire des confidences sous couvert d’anonymat.

Amour, promenade, cinéma , restaurant, lecture, amitié, elles ne connaissent pas.

Ménage, rejet, coups, mariage forcé, gosses, racisme, elles connaissent bien.

Il y en a une qui nous montre ses papiers ; en guise de prénom est inscrit SP, sans prénom. Pour de sombres raisons administratives, elle n’a pas de prénom.

L’une rêve d’être à l’hôpital pour être dorlotée, l’autre aurait envie de peindre au bord de l’eau etc. Vous allez me dire, Jacques tu découvres ça à ton âge, on le sait tout ça. T’es un naïf toi !

Bien sûr que je le sais tout ça, mais là, ce n’est plus abstrait, elles sont là devant moi, avec leurs yeux, leurs mains, leur voix, leurs vies gâchées.

Et alors ? Tu proposes quoi ? Qu’est ce que tu peux y faire ?

-Mais justement c’est là que le théâtre devient fondamental et va leur insuffler une force incroyable.

Quand le ministère de la Culture nous demande des comptes, j’ai toujours envie de leur dire, mais ce serait trop prétentieux : sauver une vie, vous estimez ça à combien d’euros ?

Vendredi 11 septembre 2009

Je suis allergique à ce qui est gentillet sur le plan des Arts. Or tout me semble gentillet, attendu, sans surprise, vieux. Je veux être surpris, étonné, bousculé, et je ne trouve que conformisme, boy-scoutisme, routine.

Le monde est magnifique, blessé, torturé, on y trouve des plaies béantes, des inégalités démentes, mais l’Art se joue tranquillement pour quelques uns dans des lieux fermés, confinés, codifiés.

Nous avions ouvert les portes des théâtres il y a plus de 30 ans, pour nous attaquer sans intermédiaire au public de la rue.

Mais maintenant, tout ce qu’il y avait de subversif dans la démarche a été désamorcé, nous sommes parqués dans d’immenses festivals, clairement annoncés, dans des annuaires aux programmes bien codifiés.

Chaque année je fais la même crise de prurit en découvrant le programme du festival d’automne, qui s’adresse à l’élite intellectuelle parisienne bien pensante.


Vendredi 18 septembre 2009

Pourquoi c’est là que cela se passe ? Dans un petit village des Pyrénées Atlantiques du nom de Précilhon, où nous jouons Vania, tout le conseil municipal, le comité des fêtes , les habitants, nous reçoivent avec beaucoup d’égard, avec une infinie gentillesse. Pour eux l’artiste n’est pas le paria ou l’intermittent paresseux, pour eux l’artiste est une nécessité. Il nous font sentir à travers leurs gestes amicaux le rôle primordial que nous jouons dans la société. J’en suis tout ému.

Vendredi 25 septembre 2009


Je suis largué. J’assiste à une conversation de filles. L’une d’entre elles nous montre tous les sex -toys dont elle se sert pour stimuler ses réactions amoureuses. Je suis sidéré par ces appareils qui coûtent souvent plus de 80 €. Phallus en plastique aux couleurs vives, aux vibrations sophistiquées et à la forme recourbée pour atteindre le point G, ou petite fourche qui vient enserrer le clitoris pour l’exciter. Je deviens prude, je leur dis « Et l’homme dans tout ça » ? L’homme ? Un petit plus. Il semblerait que nous soyons nettement moins performants que ces robots. Je demande :« et toi aussi tu utilises ces machins ?». Mais bien entendu, Jacques ! Je découvre donc que je suis un traditionaliste, un vieux conservateur, moi qui aime être à la pointe du progrès. L’une d’entre elles, pas la plus jeune, veut en emprunter un pour son week -end. Toutes sont en forme, godemichets bien en main et sourire aux lèvres. Et moi, je suis sidéré, je suis là tout naïf, tout petit. Je n’avais jamais soupçonné ces nouvelles pratiques. Je ne crois pas que vais franchir le pas. Voilà, on peut avoir envie de changer le monde, mais être ringard sur le plan sexuel.

Vendredi 2 octobre 2009

Comment fait –il pour avoir lu tant de livres, pour avoir autant de connaissances ? Il a réponse à tout. Il n’a peur de personne, il ferraille sur tous les sujets avec une logique imparable.

Il s’y connaît en vin, en littérature, en peinture, en politique, en tout, il fait la cuisine tous les jours. Je suis troublé par cet homme, et ce soir où je doute à fond sur tout, j’ai envie de lui demander : « Cher Michel Onfray, est ce que parfois vous doutez, est ce que parfois vous vous sentez une faible créature terrestre » ?

Vendredi 9 octobre 2009

Alors ? Pour ou contre la démission de notre ministre de la culture ? Non seulement il ne cache pas sa sexualité, mais a avoué dans un bouquin qu’il s’est payé un garçon, un éphèbe en Thaïlande. Il y a une zone d’ombre sur l’âge du garçon, la polémique enfle. Le Ministre est sommé de s’expliquer sur TF 1. Grosse remontée de puritanisme. Quel exemple pour la jeunesse etc. Mais s’il est à ce poste-là aujourd’hui, c’est que Frédéric Mitterrand est une UBM (unité de bruit médiatique) , une bête de communication qui adore que l’on parle de lui, qui étale son homosexualité trouble au grand jour, sauf qu’homosexuel c’est devenu carrément une marque de distinction, mais pédophile, ah çà non. Au bûcher les pédophiles ! J’imagine que dans moins de 20 ans, la pédophilie sera banalisée comme l’homosexualité. N’oublions pas que les pédérastes étaient tolérés dans la Grèce antique, c’étaient des pédagogues qui couchaient avec leurs élèves. Ce qui est curieux c’est qu’aucune loi, aucun texte religieux ne condamne un homme de 85 ans qui épouse une jeune fille de 18 ans. J’adore ces discussions autour des valeurs morales, j’en reviens à mon copain Rimbaud «, ‘ je ne comprends pas les lois ; je n'ai pas le sens moral, je suis une brute » Allez encore une dernière citation : La pédérastie est la forme la plus inépuisable de l’amour, parce que c'est l’amour de la jeunesse. — (Roger Peyrefitte, Notre amour, 1967)


Vendredi 16 octobre 2009

Alain Crombecque meurt dans le métro mercredi dernier. Il était déprimé paraît-il. À sa place, je l’aurais été aussi, ce festival d’Automne a quelque chose de figé même dans son désir d’avant -gardisme.

Sauf que cela ressemble à la roulette russe pour ceux de ma génération : Badeyan, Morlock, Dente, Dominique Bredin, Planchon, Benedetto, Anne Marie Reynaud, Augusto Boal, Pina Bausch etc. À qui le tour ? Je fais tout pour que cela ne soit pas moi, j’ai l’impression que l’on meurt quand on est trop contrarié. C’est pour cela que je ne n’ai plus envie que de projets exaltants et nouveaux pour moi. Plus que jamais « invente ou je te dévore » devient mon mot d’ordre. Je veux voir de nouveaux paysages, goûter de nouveaux plats, jouer comme jamais je n’ai joué, et surtout ne pas m’ennuyer.

Vendredi 23 octobre 2009

J’ai une obsession: où est la vraie vie ? Où se cache t-elle. La vraie vie, selon l’ idée dominante, ce sont les jeunes, ils sont l’objet de mille attentions, ils sont l’avenir, ils ont une peau lisse et sans rides. Et moi, je les trouve fades pour la plupart, rangés, alignés, pourris par les valeurs en vogue, égoïstes, individualistes. Nos riches sociétés occidentales rejettent tout ce qui n’est pas jeune, donc les vieux, charge inutile et coûteuse. Eh bien moi, ils me donnent la pêche, nos aînés, nos anciens, ils sont détachés, légers, se moquent des fausses valeurs, ont envie de jouir à fond de leurs dernières années de vie. Quelle honte, la relégation qu’on leur fait subir. Nous parcourons actuellement le pays de Montbéliard, nous sonnons à leur porte, nous découvrons avec joie, ces véritables trésors vivants. Ils ne sont pas le passé, ils sont l’avenir. Je m’enthousiasme trop, mais j’assume d’être à contre courant.

Samedi 31 octobre 2009

Le quotidien est méchant avec moi. Je me fais voler mon porte feuille dans le métro, avec carte bleue, carte d’identité etc. Quelqu’un d’anonyme me les renvoie, mais c’est les clefs de la voiture que je ne retrouve plus. Il ne faut pas que j’oublie d’acheter du vinaigre, mais j’oublie d’acheter les pâtes que je dois faire ce midi. Je n’aime pas les portes de placard fermées, je n’aime pas les tiroirs fermés, je n’aime pas nouer mes lacets, je passe ma vie à perdre et à retrouver mon chapeau. Sur la route de Badevel, le Jumper de l’Unité freine brusquement, car le chapeau de Jacques est au milieu de la route. Hervée que je retrouve plus tard exhibe fièrement mon chapeau. Mais mon chapeau, je l’ai sur ma tête ! J’ai gagné un chapeau, taille 58, comme moi. J’ai actuellement 5 chapeaux, et 7 briquets. J’ai acheté 3 paquets de 6 stylos-feutre, pour les disséminer partout où j’ai besoin d’écrire, eh bien, je ne comprends pas où ils sont passés. Un «xou» c’est un objet que l’on vient de poser quelque part, et que l’on ne retrouve plus trente secondes plus tard. Pourquoi tant de xous dans ma vie ?

Samedi 7 novembre 2009

J’ai un super foutoir dans ma tête. Je me demande s’il n’y pas un fossé entre les générations. La bonne âme de Sé Tchouan, j’ai vu le spectacle hier soir, c’est beau, c’est grand, ça pose les vraies questions, mais mes enfants s’en foutent, je ne vais même pas leur en parler. J’ai participé à une discussion sur le pliage des draps au sortir de la machine. Tout le monde avait son avis là dessus. Marcel dit qu’il les plie encore humides, quant au rinçage, on met tous du vinaigre blanc. C’est quoi être français ? J’ai justement reçu la fiche de mon père sur laquelle est notée son évasion de Drancy, le 12 mars 1942. Il n’était pas Français, il était réfugié Russe. A deux cent mètres de chez moi, ils ne sont plus français, il sont Suisses, ils sont de plus Jurassiens suisses, et ont un drapeau spécial. Depuis longtemps, nous avons à l’Unité, un exercice impressionnant, chacun doit dire d’où sont ses parents, ses grands parents, où il a vécu etc mais doit terminer son intervention par un immuable »Maintenant je suis ici ». Et à chaque fois me revient cette douleur infinie « je n’ai rien à dire à la boulangère, et pourtant, on habite le même endroit, on parle la même langue, eh bien non, je n’ai rien à lui dire, et elle ne me dit rien ». Et donc, je suis plutôt de la nationalité d’Alichina, D’Ali Garba, d’Aminata, de Réut, avec eux, avec ces artistes, nous avons tout à partager, tout à dire, nous sommes vraiment de la même nation alitée.

Vendredi 13 novembre 2009

Comment a t-il pu se laisser enfumer par ce metteur en scène de seconde zone ? Mon idole, l’homme qui a tout lu , l’homme qui sait tout, qui a réponse à tout, Michel Onfray, a décidé de s’aventurer dans le théâtre, dont il reconnaît que ce ce n’est pas son domaine. Je me laisse abuser et achète “la tentation de Démocrite” quelques stances lyriques mal écrites et sans intérêt. En postface je découvre que c’est l’homme de théâtre, directeur du Centre dramatique de Caen, Jean Lambert Wild, assoiffé de notoriété, qui l’ a entraîné dans ce précipice. Et voilà. Comme quoi la philosophie ne sert vraiment à rien, et que personne ne résiste au “brouillard de voracité.”

Vendredi 20 Novembre 2009

Tiens, mon père est mort il y a déjà 27 ans. Je me revois, je préparais le jour de sa mort, le carnaval des ténèbres à Saint Quentin en Yvelines. Tiens, quand mon père est mort , il n’y avait pas Internet, ni I Phone, je ne sais plus comment on faisait pour prévenir pour l’enterrement.

Je suis à Lyon, j’interviens dans un grand colloque sur les 50 ans du ministère de la culture, et la ré-invention d’une politique culturelle.

Il y a de nombreuses jeunes étudiantes qui préparent un master de médiation culturelle. Je dois parler de l’art relationnel, question 22.

J’ai préparé un diaporama de 135 photos. Cela passe trop vite, je dois parler à toute vitesse, cela devient drôle, les gens rient. Les étudiantes viennent me parler à la fin : “Oh, merci vous nous avez donné la pêche”. En fait à cause de la fierté d’avoir fait un diaporama de 135 photos, à cause de Béatrice Roux, une apprentie médiatrice que je ne voulais pas décevoir, à cause de l’ivresse engendrée par ces photos où j’embrasse tout d’un coup tout ce que j’ai fait, à cause de la haine que m’inspire le vieux théâtre assis, à cause du texte sérieux que j’avais préparé que j’ai jeté au dernier moment, je suis dans un état second, je ne parle pas de l’art rationnel, je me suis moi -même transfiguré en “art relationnel”.

Vendredi 27 novembre 2009

Cela fait au moins six semaines que je ne suis pas déprimé. Faut reconnaître que je suis carrément accaparé par mille et un chantiers. Peugeot, on dit PSA , nous commande une intervention théâtrale sur le stress au travail. Je note les 4 causes principales, dont la seconde ; la non -reconnaissance de l’effort, et des résultats. Je sens que l’air s’épaissit entre Nathalie et moi, je reconnais, je suis avare en compliments. L’ancien maire réactionnaire de Montbéliard disait « je ne vois pas pourquoi je devrais complimenter des employés qui font correctement leur travail, c’est la moindre des choses tout de même ». Dans une compagnie de théâtre, on ne peut pas parler d’employés, il y a quelque chose de sentimental dans les relations. Nathalie a un beau regard noir très mystérieux que j’essaye sans arrêt de décrypter. Je l’ai juste entendue jeter dans le couloir quelque chose comme :« J’ose espérer que Jacques n’est pas déprimé actuellement » sur un ton de reproche. Je ne vais tout de même pas regarder dans le manuel de PSA destiné à la maîtrise, comment décrisper la situation. La relation humaine sur la durée, cela s’entretient et s’invente tous les jours.

Vendredi 4 décembre 2009

Oui, faut avouer que la honte est un critère pas ordinaire en ce qui concerne l’Art. Il y a évidemment la honte du ratage total, ok, mais il y a une autre honte c’est celle d’avoir poussé l’aventure trop loin, la honte de jouer en dehors des clous, la honte d’avoir pris tous les sens interdits, de ne pas avoir respecté les règles, de naviguer en pleine mer sans plus aucun repère sur la côte.

Cette honte-là est en fait le signe de l’innovation, et de l’invention. Quand je commençais le théâtre de rue, j’avais cette honte-là , la honte de ne pas faire comme les autres, de ne pas être aligné. Certaines fois quand nous jouions la 2CV théâtre nous avions envie de nous cacher plutôt que d’être vus par des pros.

Avec les 80 ans de ma mère, j’ai un peu honte, parce que nous bousculons les idées reçues et que nous allons à contre courant, et que je me demande ce qu’ils pensent les gens de cette folle opération.

Comme dit Mao Tse Tung, il n’y a que le poisson mort qui ne remonte pas le courant.

Vendredi 11 décembre 2009

Max me fait une farce. Il passe sur la radio du Jumper la radioscopie que j’avais faite avec Jacques Chancel en février 1975. Il l’a podcastée du site de l’INA. Sincèrement je ne l’avais jamais ré-écoutée. On a peur de soi– même. Et là, je suis un peu curieux et désire découvrir cet homme de théâtre de 32 ans que j’étais. Je me trouve assez vivant, coriace, dynamique, mordant. J’étais en pétard parce que le jeune théâtre n’avait pas accès aux médias.

Je me reconnais et je constate surtout que je n’ai pas changé d’un iota sur mon discours. À l’époque, je voulais m’adresser aux 90 % de Français oubliés par les établissements culturels, aujourd’hui je dis que le peuple, lui, peut se passer de théâtre, mais que le théâtre ne peut pas se passer du peuple. Est ce du radotage ? Une constance imbécile ? Ou est -ce une fidélité à des valeurs et à des convictions ?

Vendredi 18 décembre 2009

Il y a tout de même un drôle de paradoxe. Dans une France qui s’enlise dans la dette, le chômage, la misère qui s’accroît, la diminution des budgets culturels, l’expulsion des étrangers, des débats foireux sur l’identité nationale, un racisme rampant, moi, je vais bien, je me sens bien, je vis bien. J’ai un âge magnifique, je prends un peu de hauteur par rapport aux mesquineries, je crois que je me suis désaliéné des valeurs capitalistes en vogue. Je fais des grands repas à partager avec du monde, je laboure le terrain social, j’ai de quoi manger, m’acheter des bouquins, des billets de train et d’avion. Alors le milliard de gens qui meurent de faim, ça ne t’empêche pas de dormir ? Eh bien non, c’est bizarre. C’est l’égoïsme qui te protège ? Quand j’étais adolescent, je m’étais engagé dans une ONG, et ça m’a irrité. La charité m’a irrité. A l’horizon 2011, j’ai « le grand périple » au programme, 8000 kms, de route, 7 pays, des échanges authentiques. Est ce là que je puise mon irrésistible pulsion de vie et mon optimisme béat ?

Vendredi 25 décembre 2009

Nous sommes donc réunis à 19 portant quasiment le même nom dans un chalet de montagne. Aujourd’hui Noël. Pourquoi ce sapin en plein milieu de Bethléem ? Pourquoi ces cadeaux etc. On n’en sait rien, tout ça n’a sans doute jamais existé, c’est de l’ordre de la légende et du mythe et c’est bien plus fort que l’histoire vraie. Mes enfants ont quarante ans, et ça y est, ils regardent dans le rétroviseur de leur vie et se construisent leur légende à eux. Il se sentent nés de parents soixante huitards obsédés par le militantisme et le théâtre, ne s’étant jamais occupés d’eux. 1968, ils nous imaginent baisant dans tous les coins avec n’importe qui en consommant mille drogues. Papa fume, Maman boit. Ils se fabriquent des images diaboliques de leur jeunesse, enfants envoyés quasiment sans chaussure à l’école, parents toujours absents. Et par réaction, ils bichonnent leurs enfants, les couvent de mille tendresses, ne fument pas, ne boivent pas, aiment l’ordre, l’autorité, les valeurs de travail. 68, c’est devenu comme Noël, une légende, la vérité historique s’est transformée en mythe.