Billet du 2 janvier 2026, jamais vécu ça
- livchine
- il y a 6 jours
- 4 min de lecture

Et je pleure et je pleure et je pleure,
en une soirée j’ai pleuré autant qu’en dix ans.
Parfois le rideau de larmes laissait la place quelques secondes
à un soupçon de sourire.
Nous avions été laissés à l’écart de la préparation, volontairement, pour bien affirmer que pour nous c’était fini.
Nos trois successeurs, Eric Prévost, Catherine Fornal, Estelle Chardon nous ont offert le 31 décembre le plus incroyable que l’on puisse imaginer, une déferlante d’amour illimitée avait envahi la grande halle de l’espace Japy.
Un seul refrain sortait de toutes les poitrines :
vous avez été essentiels.
`Mais comment ça, mais où ça ?
Des cadeaux nous arrivaient, même pas signés, couronne de fleurs, des compliments écrits , des oeuvres artistiques, boite de chocolat etc.
mais surtout des étonnements et des surprises.
Sylvie Lalaude que j’ai tant aimée qui a été notre assistante pendant dix ans arrive de Bordeaux , Céline Poulain je ne sais d’où.
Marie Leila nous bichonne, champagne vatrouchka, fauteuil, couverture
Nos collègues de rue : Larderet, Jean Luc et Pierre Prévot et aussi Générik Pierrot Berthelot et Cathy Avram de Marseille sont là, et Gill Rhode et Brigitte Burdin de Transexpress
et la promotion de n° 77 de la FAIAR, (Formation avancée itinérante de théâtre de rue
et puis Léna Breban, fontaine à compliments : si vous aviez le rôle que vous avez joué dans ma vie !
mais Léna, tu collectionnes les Molières, t’es à la Comédie Française
qu’as tu à faire de nous ? `
Son épître est convaincante, elle n’aura même pas le droit de la lire en public tant il y avait une overdose d’éloges incroyables.
Je regarde cette centaine d’acteurs qui nous font la fête,
nous répétant à l’encan que nous avons été essentiels pour eux.
Mais jamais nous avions eu comme projet de transmettre quoi que ce soit, nous aimions juste foncer sur des chemins vierges, changer les paramètres de représentation, jouer pour deux personnes ou pour 40 000 personnes dedans dehors partout.
Et là devant nous ils sont une centaine à nous dire merci à leur manière.
Chacun raconte le moment où sa vie a basculé à cause de nous !
Il y a malentendu car jamais n’avais eu dans mon ADN le désir de transmission de quoi que ce soit.
Mais je pressens qu’ils retiennent de nous ce que nous étions : des “voyeurs voyants voyous”, champion des décalages et des chemins de traverse, ne craignant pas le “rater mieux” ou la vie est la farce à mener par tous”
et puis tous mes adages, chacune et chacun les transformaient à sa manière “pour trouver il faut se perdre”. N’aie pas honte d’avoir honte.”
J’adorais les apophtegmes ramassés ( Merci Stephanie R. qui m’apprenait des mots savants)
Alors il étaient là, hurlant ,vous êtes nos parents de théâtre, merci papa ! merci maman, ça frôlait le gnan gnan, mais c’était d’une sincérité imparable.
Dans les multiples apparitions improbables, voici mon orchestre de famille, le Rappoporchestra mes enfants, mes petits enfants , mes nièces, mon frère, ma seur, je ne les attendais pas, j’hallucinais en pleurant, car ils avaient monté ce commando, en secret, m’ayant tous affirmés que pour le 31, ils avaient mieux à faire que de débarquer à Audincourt.
Et puis au sommet des émotions les femmes puissantes d’Hervée adressant à cette dernière un déchirant “ ne nous quitte pas” les larmes dans les yeux.
Et Marcel notre togolais est venu alors qu’il vient de perdre son fils de 25 ans, oh je serre son bras et je suis hyper ému il a tenu à être là.
Gaetan lit un texte sur son téléphone : vous avez changé ma vie.
Et puis tous les jeunes des ruches et puis ce fou de Michaël qui arrive sans le sou de Calais.
Tout avait débuté par une chorégraphie déjantée, et violente sur des tables, préparée par Constance Biasotto d’Arles
Pancho se jette sur les tables, et nous fait un feu d’artifice d’une violence tectonique , on croit que la Maison Unité va prendre feu, des flammes de 15 mètres de haut,
David Mossé, notre bien aimé régisseur est venu avec Eric Billabert de Marseille donner un coup de main et ne cesse de me glisser dans l’oreille : je vous aime.
Je suis perdu, je prends la main d’Hervée, et je lui glisse dans l’oreille,
c’est dingue, c’est nous, c’est notre esprit, ça nous ressemble et ce n’est plus nous.
Sur une terrifiante musique Klezmère de Terezin Céline Chatelain nous dit du Chalotte Delbo
Catherine Fornal orchestre l’ensemble, telle une capitaine au milieu de la tempête, les numéros s’enchainent sans une longueur.
Ma dopamine ( la molécule du plaisir) se déchaine. Je plane, je ne sens plus mes métastases.
Moi qui écrivais : ça va bientôt finir,
j’écris maintenant : ça va continuer.
Martial Bourquin le maire, Jean Cadet notre président, Christophe Chatelain sur un texte de Fred Fort s’adressent à nous depuis les fenêtres de la Maison Unité.
Une 2CV conduite par Goobi vient nous chercher !
Mais ce n’est pas fini : une manche à air de Xavier JUlliot culmine à 15 mètres de haut et crache des plumes
Quatre heures du matin
Clément et Maksouille sont aux manettes, ça danse : faim soif cris danse danse danse danse
Dernière haie d’honneur pour notre départ et moi un refrain galope dans ma tête : mais comment ont ils pu faire tout ça ?
Bien- sûr, j’oublie beaucoup de monde, c’est impossible de tout raconter
Sophie Dufouleur et son otchi chornia
Emilie et son Bastien Charleri accordéoniste indomptable
Goobi qu’on a arraché à Peugeot
Youssri imitateur d’Hervée dans les Kapouchniks
Brigitte Cottier notre LFI proférée
Kamel Rebai de la mairie qui filme tout
et tous les kapouchniqueurs, et leurs souvenirs
Jean Pierre Marcos et Sylvie d’Amiens qui ont tant fait pour nous
Hélène Jouvelot au bar avec les ardennais : Brice maire
MC Galette qui revient du Cambodge avec une femme dans ses bagages
Valérie Moureau les souvenirs du batraclan avec l’improvisation
et j’en oublie, Catherine va me passer la liste peut- être
Sarat le danseur de Montbéliard qui lâche les chevaux dans une danse effrénée
Une pensée pour notre chère Irène K. elle qui a tout suivi et
que le cancer a achevé il y a à peine un mois.
Mais celui qui est resté chez lui, c’est notre ours Claude Acquart, le n° 3 du trio , notre compagnon indispensable pendant cinquante ans, il n’aime décidément pas les mondanités
`
`



Commentaires