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Billet du 22 février 2026, la fin d'une époque

  • il y a 3 heures
  • 2 min de lecture




J’ai décidé de faire un peu de ménage dans ma bibliothèque où s’entassent des centaines de livres pas ouverts depuis trente ans et qui prennent la poussière.

C’est un puits sans fond, un précipice et je prends conscience que les bouquins c’est comme les yaourts, il y a des dates limites de consommation.

Les mémoires de Roger Planchon, 626 pages, ce Planchon que j’admirais intensément et qui avait même déclenché mon amour du théâtre. Terminé, oublié, il n’y a que les anciens style Du Vignal et Picon Vallin qui se souviennent de lui. On descendait avec Edith en 2CV à Lyon à l’époque où l’autoroute n’existait pas pour aller au théâtre de la Cité de Villeurbanne voir son Tartuffe, un grand choc de l’époque. Oublié , mais aussi  Lavelli, Lassalle, Debauche, JP Vincent, Garran, Joan Littlewood, Gignoux etc. de la poussière. Chéreau , oui, restera la tétralogie de Bayreuth.

Et la revue Théâtre Populaire et Travail Théâtral , la Nouvelle Critique et Frictions et Cassandre dont j’ai tous les numéros. Totalement obsolètes, personne n’en veut. Et même les valeurs que nous chérissions à l’époque : le théâtre pour qui ? La démocratisation ? Les droits culturels, l’élitaire pour tous ? Avec qui pourrais- je en parler à part Picon Vallin. Et Vitez qui jouait dans les écoles son Electre, immense souvenir, aujourd’hui enterré à six mètres sous la terre. Et Bernard Dort, mon professeur à l’institut d’études théâtrales, je garde religieusement ses ouvrages même si je ne les lirai plus jamais.

Brecht non plus je ne peux pas le jeter, je le garde comme les lettres des premières palpitations de l’ amour-.

Les jeunes générations n’ont plus besoin d’aucun livre, ils ont la plus grande bibliothèque du monde dans la paume de leur main.

Je parle à Kolia, 25 ans, mon petit fils, de Lioubomov, j’ai à peine prononcé le nom qu’il me lit déjà toute sa biographie. Avec qui pourrais je évoquer le choc immense que fut Lioubimov à part Béatrice Picon Vallin..

Jamais je n ‘ai senti une telle bascule du monde. Avec un I Phone un adolescent met en scène chez lui une espèce de saynète. C’est viral : un million de vues, l’Accord Arena, quatre zéniths et dans deux ans le stade de France.

Alors le théâtre du Soleil écorné par une histoire de moeurs et qui fut jusqu’en 2025 notre modèle à tous, est dans la tourmente, mais en fait à part moi, Picon Vallin, tout le monde s’en fout éperdument, un article du Monde fait une cinquantaine de vues chez les retraités du théâtre public.

Oui, il nous faut retrouver un peu de lucidité. et admettre que nous fûmes. Il faut oser le dire.



PS  Béatrice Picon Vallin spécialiste de Meyerhold, a écrit sur le théâtre du soleil. Née en 46.

Philippe du Vignal  ex directeur  de l’école de Chaillot, critique à Art Press et France culture, anime théâtre du Blog. 86 ans

 
 
 

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