Billet du 9 octobre 2022, la chute d'un prince.


1972. Parade sur le cours Mirabeau à Aix.



Tant que les choses n’auront pas été écrites elles n’auront pas été vécues :

Sentence d’Annie Ernaux qui a eu le Nobel alors c’est sûr que c’est la vérité.

Et comme un autre poète style Novarina affirme que ce qu’il faut ne pas dire c’est ce qu’il faut dire, me voilà donc bien ligoté, bien écartelé, bien déchiré.

Raconter ne pas raconter ? écrire ne pas écrire ?

Tant pis pour les pudeurs.

C’était une complicité et une amitié qui ont duré un demi -siècle

C’était un Directeur de théâtre qui se sentait à l’étroit entre les quatre murs. Cela se passait à Aix en Provence.

Nous y jouions l’Avare and co en 1972. Alors pour sortir du cadre nous avions fait une parade sur le cours Mirabeau. Un cercle de curieux s’est formé, ils ne sont pas venus au théâtre, mais ils riaient bien fort à la parade.

Jean Digne, c’était son nom a compris qu’un événement pouvait être inventé hors théâtre sur le cours Mirabeau. Et voilà comment en 1973 naquit Àix ville ouverte aux saltimbanques, quasiment un des premiers événements de théâtre de rue en Europe.

Puis Jean a dirigé l’Institut Français de Naples, il en avait fait un exceptionnel centre d’ébullition artistique, nous y avons créé Mozart au chocolat. Un matin Hubert Vedrine ministre des affaires étrangères à appelé : Digne si on vous donnait l’afaa, (Association française d'action artistique) l’organisme qui faisait tourner les oeuvres d’art dans le monde entier, quelle serait votre politique en deux mots et uniquement deux mots. Et ainsi Jean Digne fut nommé à la tête de cet organisme et c’est là qu'il réalisa une opération exceptionnelle, sans précédent : Cargo 92 , Royal de Luxe , Découflé, la Mano negra. Inoubliable

j’y assistais à Montevideo et Bueno Aires.

2022 : Notre prince de la renaissance perd de sa flamboyance. Le cancer de la mémoire le dévore, la dégénérescence est en route.

Quelques amis tentent d’épauler Rebecca sa fille, tout est devenu imprévisible,

Impossible à gérer.

On voudrait ne pas accepter le destin, les forces de destruction ne nous laissent aucun espoir.

Comment accompagner Jean le plus décemment possible ?

Telle est mon humeur de dimanche soir et bien -sûr Tchekhov remonte à la surface : Un jour les souffrances finiront.