ARCHIVES BILLET LIVCHINE 2006/2007

1er janvier 2006

Pardonnez moi, je plane. je viens de vivre une émotion trop forte. je ne peux pas vous la transmettre. C'était Calais. 90 secondes de bonheur à l'état pur, ces rares moments où le rêve envahit la réalité, où vous ne cachez pas vos larmes de joie, où vous êtes en harmonie avec les gens, où vous croyez que tout est possible - ensemble- où vous entrevoyez que la fête perdue il ya longtemps, elle est là devant vous, après tant de déprime et de désespérance sur la panne de la France, je suis vitaminé pour un an. Si seulement je pouvais vous faire partager ça. Bonne année à tous mes amis, et ce matin j'en suis sûr, la beauté sauvera le monde !

7 janvier 2006

Ouf, je ne suis plus dans la déploration. Je n'accepterai plus de l'être. Personne ne me contredira sur le fait qu'en rémanence, l'Unité s'y connait. Nous laissons des traces. Que plus de vingt ans après, on n'oublie pas à St Quentin en Yvelines, le carnaval des ténèbres, c'est déjà énorme, mais même à Montbéliard, on évoque sans arrêt six ans après que cela soit terminé, le Réveillon des Boulons, et je pense qu'à Calais la légende commence à monter, rues extraordinaires, et les 2006 feux d'artifice tirés en même temps. Cela me plaît de laisser des traces, c'est un peu notre désir d'éternité.

13 janvier 2006

J'interviens à l'IUP de Dijon. Mon thème ce sont les valeurs que chacun défend, que rentrer dans les métiers de la culture, c'est un combat, une résistance, si c'est pour adoucir le monde , ce n'est pas la peine. Je me sens bien habité. Quand vous parlez comme ça il y a toujours des visages plus éclairés que d'autres. Mais au moment où j'évoque les valeurs qui gèrent l'amour, je sens tous les visages tendus, je sens une vraie demande, mais l'amour n'est pas le sujet du jour.Un élève sur la gauche est particulièrement attentif , il s'avère que cet élève est un professeur qui a écrit "la déliaison" et un livre sur l'amour fissionnel . Il s'appelle Serge Chaumier. Bien sûr, je suis comme les élèves, le sujet me passionne aussi , moi qui vis entre deux femmes et deux maisons, sinon plus.

21 janvier 2006

Je suis effrayé par les petites tâches. Je dois me faire rembourser deux tickets de péage, donc les envoyer. Retrouver les tickets au milieu de 50 reçus de CB, chercher l'adresse, une enveloppe, et puis le plus terrible ce sont les timbres. On ne peut plus se garer devant les tabacs, à la Poste il y aura trop de monde, je n'ai pas de monnaie pour la machine automatique. J'y arrive enfin, effort surhumain, mais maintenant faut que je tombe sur la boîte à lettres. Quatre fois, je passe devant des boîtes, mais j'oublie de poster, alors je note dans les tâches à faire, poster. J'espère y arriver avant ce soir. Cela m'aura pris une journée, mais en plus j'ai décidé de ranger mon bureau pour la nouvelle année. C'est terrifiant. Je n'arrive pas à jeter ces centaines de documentations de spectacles que nous aurions aimé jouer, ces centaines de projets qui ne verront pas le jour. Heureusement il y a tous les mots gentils. j'ai ouvert une boîte en carton achetée 2,50 € à Gifi , j'ai écrit dessus : mots gentils.

28 janvier 2006

Le conseiller du Ministre de la culture, Thierry Pariente, m'envoie un mot accompagné d'une longue citation de Nicolas Sarkozy. Au bas de la citation la petite note assassine. Sarko = Livchine. L'histoire c'est que Sarkozy à son habitude aborde des sujets tabous comme la démocratisation de la culture, sujet épineux que ni les communistes ni le PS ne mettent jamais en avant. Sarkozy ne craint pas de s'accaparer les valeurs fondamentales de Jean Vilar, ringardisées par les artistes eux-mêmes. J'ai juste répondu : si je dis qu'il fait froid, et que Sarkozy dit aussi qu'il fait froid, suis- je pour autant Sarkozyste ?

4 février 2006

Le virus le plus violent et le plus dangereux qui existe au monde, c'est le capitalisme. Il ne tue pas, il s'attaque aux parties les plus hautes du cerveau et nous greffe les valeurs qui provoquent le plus de nuisance au monde. Il a réussi à toucher les sociétés les plus reculées. Comment procède t-il ? Il détruit tout ce qui est "nous" et développe tout ce qui est "moi". Marx avait cru trouver une parade avec le communisme, mais très vite, les promoteurs du mouvement ont été atteints par le culte du moi. Mais alors qui saura mettre en place un contre poison efficace ? C'est urgent.

11 février 2006

Les grandes croisades de l'an 1000, c'est reparti. On casse de l'arabe à qui mieux mieux, du musulman, du Mahomet, de l'Allah. Le petit racisme anti-arabe latent et sous cutané des classes moyennes et des classes populaires fait une belle éruption à partir d'une caricature de Mahomet publié dans un journal danois. L'énergie se libère, se déploie. Tout le monde brandit le drapeau des libertés chères à l'occident, on est ravi, ils brûlent les ambassades occidentales, c'est bien la preuve qu'ils sont tous des terroristes, Allah aussi. Mois je suis horrifié, car ce sentiment anti- arabe est le cousin germain de l'antisémitisme qui a produit lui aussi avant la guerre bon nombre de caricatures "pas piquées des hannetons".

18 février 2006

Vacances et petits enfants obligent, je suis plongé dans cet univers où tout est jeu, dessins, musiques, histoires à raconter que l'on croit toutes vraies, chansons. Je suis sidéré par la capacité ludique, par l'imaginaire en perpétuel mouvement de ces enfants. Et je me dis l'éducation, l'école, la formation, consistent à ce qu'ils rejettent tout ça pour épouser des valeurs dites sérieuses et anti-futiles. Plus tard, nous les artistes, par derrière, nous devons rappeler aux gens qu 'il existe une autre vie en dehors de gagner de l'argent ou triompher de l'autre. Cela fait partie de notre tâche : réveiller la petite case ludique et artistique de chacun. Mais le vilain système, lui ne vise qu'à notre élimination, et encore cette semaine , tout en disant que les artistes sont nécessaires à la société, le Medef va améliorer son plan de destruction des artistes.

25 février

Il a beau être pape, s'appeler Chirac ou Bush, le matin il doit jeter du linge au sale, aller dans les toilettes, constater qu'il n'est pas grand chose tout nu sans l'attirail de sa puissance reconnue. Pendant la journée, il a comme nous tous des flatulences, des renvois, des rots. la grande différence avec nous, c'est qu'il n'a pas à choisir ce qu'il va mettre. Quelque soit le temps, les hommes de pouvoir ont l'uniforme, ils n'ont pas de dilemme comme nous, à choisir entre le noir, le vert et le rouge. J'aimerais les voir en robes de chambre la nuit pendant une insomnie, quand ils traînent les pieds la bouche pateuse, vers le frigo et se stimulent l'esprit devant une cassette porno ou une émission de télévision nulle.

25 février 2006

Comme j'ai passé la semaine dans la chambre N° 100 de la clinique Laennec, puni d'avoir trop frappé les belles buches de bois au merlin, je suis imbibé de nouvelles. Le fou qui torture Ilan et qu'on dit que c'est par antisémitisme, le canard qui atterrit mort à Joyeux et qui contamine mille dindes, le message qui est diffusé sur les ondes : " Mangez de la volaille sinon vous allez mettre 100 000 personnes au chomage" et puis l'éternel problème des intermittents, où l'on voit bien que ce n'est pas le coût le souci, puisqu'ils ont mis en place un système qui coûte plus cher, mais l'existence même de cette catégorie humaine qu'est "l'intermittent" qui est en train de rejoindre dans les catégories détestées par le pouvoir et le bon peuple, les juifs et les arabes.

4 mars 2006

On parle beaucoup de déclinologues actuellement, ceux qui pensent que la France décline. Evidemment moi, pessimiste de service, je trouve que notre société se délite et se délabre chaque jour. Pour nous artistes, c'est pire que le déclin, puisque l'Art ne fait pas de progrès. Personne ne pourra dire "Ah le Vania de l'Unité, il est bien meilleur que celui de Stanislavski". On ne pourra même pas dire "ah, là, ils ont fait des progrès, l'Unité. " Pour l'instant, nous avançons dans l'oeuvre comme des explorateurs dans la jungle. Chaque nouvelle page de la pièce mise en scène nous paraît relever du miracle. Tout le problème c'est que lorsque l'on fait un bout à bout, on peut découvrir avec stupeur que l'on s'est trompé de chemin, alors on repart, on remet les compteurs à zéro. C'est un sale boulot l'art, mais il faut bien que quelqu'un le fasse. (WimWenders).

11 mars

Quinzième jour d'enfermement créatif. On déblaie la pièce, on déblaie la neige, le monde rentre dans notre studio par bouffées. Parfois ça vient, parfois ça s'en va. Nos 30 ans d'expérience ne servent à rien, tout est toujours à réinventer. On a trop de choses à dire, mais quand on dit trop, on ne dit rien. Dosages des énergies, dosages des effets, et surtout comment ne pas coller à Tchekhov, ne pas se laisser enfermer, ne pas se laisser intimider, décoiffer, trouver sa radicalité, rester soi-même.A cent mètres, le Doubs gronde et véhicule des milliards de tonnes d'eau, la place du temple est inondée. Même ça, c'est dans Tchekhov : "le climat se dérègle, les fleuves soit sont à sec, soit ils débordent". C'est le Dr Astrov qui dit ça.

18 mars 2006

Cela commence à péter grave, les manifestations contre le Contrat première embauche augmentent en violence. Les prévisionnistes, ceux qui ne voient jamais rien venir, parlent de mai 06.... on peut donc être quasi sûrs que tout sera rentré dans l'ordre bientôt, puisqu'ils se trompent toujours. Mais moi, quand je lis que les entreprises du CAC 40 ont toutes augmenté leurs bénéfices de + 50 %, que Gaz de France qui a augmenté ses tarifs affiche des résultats insolents et veut encore augmenter ses tarifs, et que tous ces bénéfices ne profitent pas au pays, ou aux salariés, mais uniquement aux actionnaires, je commence à être dubitatif. Je vois le Pdg de Suez absolument sûr de lui et ravi qui étale ses bons résultats, et dans le même temps les attaques contre les jeunes et les intermittents se multiplient. Eh bien je ne sais pas ce qui va se passer, mais quelque chose va se passer. Amoins que comme d'habitude, tout va gentiment se calmer à mon grand désespoir.

25 mars 2006

Ce qui me passionne dans le théâtre, c'est comment l'actualité traverse les pièces, et comment les pièces éclairent l'actualité. Quand je vois Vania effondré sur la table, je ne peux m'empêcher à ces millions d'hommes abattus et n'ayant pas réussi à dominer les forces hostiles de la vie, et je vois aussi le Docteur Astrov qui, lui, garde finalement la tête hors de l'eau, car lui, voit plus loin que sa petite réussite personnelle, lui, il pense au monde entier, avec cette petite phrase insignifiante et pourtant folle car écrite en 1898 : "L'Afrique, quand je pense que là-bas c'est la canicule, l'horreur". Gorki avait souligné cette petite phrase. Il faut toujours que je sache, pourquoi je fais du théâtre. Là, je sais.

1er avril 2006

On a fait ce qu'on a voulu avec l'équipe que l'on voulait. On assume tout ce qui se passe. On est heureux, on joue. C'est toujours magnifique , on se consume, on partage la soupe avec les gens. On se régale. Certains trouvent la soupe trop salée, pas assez calorique, trop chaude, n'aiment pas le rutabaga, ce n'est pas grave, on a choisi, on parle de ce qui nous plaît , on dit des choses sur notre désespoir, et notre envie de vivre. Il y a des gens qui ont du goût, d'autres non. Je ne rejette pas ceux qui n'aiment pas notre humour et notre univers. Parfois c'est curieux, il y a des gens que j'adore humainement mais dont je n'apprécie pas la cuisine théâtrale, et alors ? Alors c'est bizarre, tu peux aimer quelqu'un, pas ce qu'il fait. C'est ça la complexité des choses....

8 avril 2006

La France se réveille.Le gouvernement plie . A la tête du mouvement : des jeunes. Les jeunes retrouvent le sens civique. La France est avec eux. Cela fait presque pitié de voir notre vieille chambre des députés s'empoigner avec notre beau premier ministre qui fait semblant de ne pas sentir les coups. Fin de régime qui s'éternise. Cela faisait longtemps que l'on ne s'était pas senti aussi mal. Le grave problème c'est que l'organisation est ainsi faite qu'aucun président potentiel n'a la carrure de pouvoir se dresser et s'opposer à ce capitalisme sauvage que rien ne peut plus arrêter. Nous sommes dans un film d'horreur, attaqués par des vampires géants, armés jusqu'aux dents, nous exhibons des bulletins de vote pour les chasser ....

15 avril 2006

Dans tout réclamez la vie. Qui dit ça ? Büchner ? Qui dit l’important, c’est de réussir à rester vivant jusqu’à sa mort. ? Je ne sais pas. Je suis obsédé par le mortifère qui envahit la culture. C’est à dire le rangé, le rationnel, le bien taillé, l’attendu, l’ennuyeux, le bien fait, le bien propre. Je suis de plus en plus atteint par la haine de tout ça. Je regarde une plaquette de scènes conventionnées, bien foutue, fonctionnelle, cela me rappelle les utiles flacons de produits récurages WC, même bleu profond, même fonctionnalité. Je ne devrais pas penser comme ça, je me ferme 1000 portes de théâtre, mais je ne peux pas m’en empêcher. Le théâtre pour moi, est un lieu de vie, désordonné, fumeur, buveur, baiseur, débaucheur, un lieu traversé par l’actualité, par l’histoire, par les gens. Fou, oui, je suis fou. Tant pis pour moi. Je ne veux pas faire partie de leur monde.

22 avril

Je cherche depuis plusieurs jours un papier égaré pour la MGEN. Alors j’en profite pour mettre de l’ordre. Et c’est fou à quel point je découvre tout ce que je ne cherche pas. Mes bulletins scolaires du Lycée Claude Bernard, du Lycée Hoche et du lycée Français de Londres, les premières fiches de paie de l’Unité à 700,00 F, à l’époque où on rêvait de gagner 1000,00 F par mois, Des garanties périmées depuis quinze ans. Peu à peu la chambre se transforme en immense corbeille à papier, je ne sais plus comment classer,quoi garder, quoi ranger.35 ans de vie éparpillés. Je frise l’overdose de passé. C’est pesant, ce n’est pas bon de regarder tout ce passé, toute la vie paraît lourde. Alors pour changer, je me plonge dans une biographie de Tchekhov celle de Wanda Bannour, J’essaye de savoir qui on est, quand on a 63 ans, plus de vie derrière que de vie devant. Je ferais mieux de me coucher, ne plus penser à tout ça.

28 avril

Quand on me demande pourquoi nous avons monté Oncle Vania de Tchekhov ? Je ne sais pas quoi répondre. Je suis décomposé. Je ne sais rien dire. Quand on me demande si ça va bien ? Je sais que je dois répondre oui, ça va et vous ? ça va. Mais je n’y arrive pas. Faut toujours que je pense à quelque chose qui ne va pas. Quand je dois donner des nouvelles de l’Unité Rien ne me vient. Je n’arrive pas à bien en parler Je sais qu’il faut montrer que la compagnie bouge à l’étranger, que nous sommes demandés un peu partout, mais je reste muet, je ne me souviens de rien. Pourtant là, il devient urgent de se mettre en valeur, mais personne n’est capable de comprendre la notion de carrière descentionnelle, tout le monde veut être ascendant et recherche une consécration pinaculaire. Faut que je m’explique sur ma démarche, mais j'ai l'impression que personne ne pourrait comprendre tellement l'heure est aux camelots qui vendent leur désir présidentiel assorti des solides convictions qui vont avec.

6 mai

Elle s'appelle Charlotte la journaliste de Zurban avec qui je discute à la fin du Vania que nous avons présenté à Fontaines en préfiguration de Chalon dans la rue. Elle me dit tout de suite que lorsqu'elle avait treize ans elle avait vu notre spectacle "Mozart au chocolat " et que cela avait été déterminant pour son choix d'aller vers le théâtre. Une autre journaliste, Floriane Gaber me dit qu'elle a trouvé ce spectacle magnifique. Je n'ose même pas imaginer que ce spectacle va nous rester sur les bras. Bien sûr une scène de 3000 mètres de profondeur et de 200 mètres d'ouverture, ce n'est pas trop commun. Faut -il être commun pour faire du théâtre aujourd'hui ?

13 mai 2006

Le gouvernement s'enfonce sans couler. Empoignade énorme sur des enquêtes diligentées. Il y a des démentis, des règlements de compte, de la démission dans l'air. Certes, nous n'avons jamais cru que nous étions dirigés par des enfants de choeur. Les projectiles volent, ils se canardent les uns les autres. C'est l'affaire "clearstream". Le reste de la France en profite pour se recrocqueviller, chacun s'enferme dans sa petite bulle, son pré carré, et gère une vie étriquée croyant ce proverbe imbécile : "pour vivre heureux, vivons cachés". Or c'est justement le contraire qu'il faudrait faire: s'ouvrir aux autres, mais aujourd'hui poser une question à l'autre, être curieux d'autrui, est considéré comme une agression caractérisée.

20 mai 2006

Dès que je ne suis plus surmené par l'activité théâtrale, je chute dans l'oblomovisme et l'anéantissement le plus profond. Tout me paraît vain, et tout m'irrite. Surtout ceux ou celles qui disent l'heure à laquelle ils appellent sur les répondeurs téléphoniques, ceux et celles qui annoncent tout haut et fort qu'ils vont aller aux toilettes, ceux ou celles qui se vantent d'avoir jeté leur télévision, ceux ou celles qui lorsque l'attente est longue au restaurant disent "ils sont allés tuer la vache", ceux ou celles qui ramassent la pièce jaune tombée par terre en disant "ça pousse pas", ceux et celles qui racontent un film interminable. Dès que je quitte de quelques centaines de mètres l'univers du théâtre j'ai la sensation que le monde entier radote, et tout cet énervement me donne envie de faire des enfants.

27 mai

Dis donc, il est frelaté le monde de l'Art. Ils se sont mis à 15 commissaires triés sur le carreau pour l'expo Villepin du Grand Palais, la force de l'art. On est en pleine imposture. Ce n'est rien d'autre qu'une vilaine Fiac. Aucune oeuvre ne prend la dimension de l'espace. Tout est étriqué. Tous les cinq mètres, il ya des cabines vidéos irrespirables, personne ne regarde aucun film jusqu'au bout. C'est accumulatoire, on ne saisit aucune direction. Pas de souffle. J'aurais voulu avoir un choc. J'ai juste noté cette phrase : qui décide de la beauté ? Je réponds: certainement pas ces commissaires-là. Alors l'éditorialiste de Beaux Arts Bousteau qui crie au génie de la démarche du premier Ministre prend des risques. Il est cependant vrai que je ne suis pas un expert en art plastique. Aujourd'hui je viens de voir en Franche Comté dans un village une voiture volante, oeuvre splendide, c'est Xavier Juillot qui s'amuse à Montmirey pour la fête des pots déchappement. Mais Bousteau ne viendra pas, il n'est même pas invité.

3 juin

Alors on fait comment ? On se retrouve où ? Qui prend la voiture ? On y va comment ? On s'habille comment ? Qui appelle ? Comment on fait pour les chambres ? On se change où ? On démarre à quelle heure ? A quelle sortie on te prend ? Qui a la trousse rouge ? Qui paie le repas ? Où est ce qu'on mange ? Et les autres ? Pourquoi ils ne sont pas là ? Où est ce que l'on décharge le camion ? Qui a du scotch, une épingle à nourrice, du double face ? On y va avec quelle voiture ? Ce coup -là tu nous laisses fumer . On ne s'arrête pas tous les dix kilomètres. Qui a la feuille de route ? Est ce qu'on a bien chargé les godasses noires ? Pourquoi les cravattes ne sont elles pas toujours rangées avec les costumes ? Est ce que quelqu'un a le portable de Philippe ? Qui a le nouveau numéro de Marie ? J'aime la vie de tournée. On a beau tout préparer le mieux possible, on se retrouve toujours à tout régler "à l'arrache". A l'arrache, voilà le mot le plus utilisé dans les compagnies de théâtre qui tournent encore leurs spectacles .

10 juin 2006

Pas de jour sans évoquer la biosphère, les écosytèmes. Vivre dans un biotope, pratiquer la biocénose, voilà l'idéal . Ce que je comprends de tout cela, c'est que pour faire une forêt, il faut des pousses, des arbrisseaux, des arbres adolescents, et des vieux arbres, aux racines bien profondes, au tronc bien massif. Au grand colloque du théâtre du Rond point sur la Culture, on voit bien à quel point les vieux chênes comme Jack Ralite ou Jacques Rigaud sont essentiels à notre développement. Ils ont l'un et l'autre plus de 78 ans, ils sont critiques, fervents, clairvoyants, rebelles. L'un est de gauche l'autre de droite, leur parole est libre, ils n'ont plus rien à perdre, ils ne sont pas frileux, ils posent les mêmes questions acides, ne s'embarrassent pas de diplomatie pour lancer leurs accusations sur le délitement de la vie culturelle. Or notre société stigmatise la vieillesse, on parle sans arrêt de discrimination à l'égard de telle ou telle ethnie, mais on ne parle pas de cette mise à l'écart totale des "anciens". Une forêt sans vieux arbres massifs ne serait pas une forêt. N'abattez pas les vieux chênes.

17 juin 2006

D'un seul coup d'un seul, les hommes politiques laissent la place sur les médias aux entraîneurs de football, coupe du Monde oblige. C'est là que l'on voit que la présidentielle n'est en fait qu'une nouvelle forme de tournoi sportif. L'entraîneur Français Domenech a le visage grave, il est totalement stressé par la pression, rongé par l'angoisse, ravagé par la gagne. Va t-il passer le premier tour ? Tout ce qu'il dit est de plus en plus convenu, convenable, conformiste, car il doit cacher son jeu aux adversaires. Le drame, c'est que même les fabricants de théâtre qui se font appeler créateurs, sont lancés eux aussi dans cette quête folle. Comment plaire? Comment se placer ? Comment jouer ? Comment survivre ? Comment gagner ? Il y a une cible, il faut viser juste. Et voilà comme nous devenons médiocres pour nous placer dans les cases préparées à notre intention . Alors qu'être artiste, c'est justement ne pas se soumettre aux critères des festivals , des ministères, être artiste c'est justement inventer de nouveaux paramètres, être artiste c'est être "hors case". Mais qui ose être hors case ? D'où l'ennui prégnant qui envahit aussi bien la coupe du monde de football que la vie théâtrale.

25 juin 2006

On n'a pas mis trois ans pour chasser les SDF de la galerie marchande du Casino Géant, pour les voir revenir même sous forme de théâtre ! C'est le discours des commerçants . Bref, dès notre première intervention, celle d'une lente traversée de la galerie par des réfugiés, nous sommes considérés comme des indésirables. Nous avons profané le temple de la consommation. L'image de la pauvreté montant du monde entier est celle qu'il ne faut surtout pas montrer. Bien sûr, c'est insupportable, même pour nous, il ne s'agit pas d'aimer cette image, mais de se souvenir même au sein de la grande distribution et de son ambiance lénifiante que dehors ça gronde. Mais ici, c'est une propriété privée, ce ne sont pas les artistes qui vont nous imposer leurs images tout de même ! Ambiance.

1er Juillet 2006

Oh là là ça bouge, ça swingue au niveau des valeurs. Serge July viré de Libé. Là bas si j'y suis, l'émission culte de Mermet en danger, Macha, autre émission culte, évincée, Rambert, artiste de théâtre très mode remplace Sobel notre vieux matérialiste brechtien. Les valeurs d'antan sont- elles frappées de dates limites de fraîcheur ? Une armée de quadragénaires se met aux commandes, Chirac perd la mémoire selon le journal le Monde . Un basculement s'opère, saison des virages, un brouillard opaque couvre la plaine gelée. Attendre de voir clair.

8 juillet 2006

Ne demandez jamais à un artiste subventionné quel est le sens, le contenu, l'éthique de la subvention ? Il ne le sait plus, il l'a oublié. Ne demandez pas non plus à l'Etat le sens, le contenu, le cahier de charges des subventions qu'il distribue, il ne le sait pas non plus. Dans le temps, c'était l'idée du théâtre de service public, comme l'électricité qui arrive dans un village, le théâtre se diffusait dans des zones inattendues et tenait de toucher un non -public. Aujourd'hui on ne sait plus très bien : l'Etat laisse aux villes et aux régions le côté"nouveaux publics" lui s'occuperait de "nouveau théâtre", recherche, formes nouvelles. Il semble que cela soit ça la logique, mais ce n'est pas avoué.

15 juillet 2006

On discute sans arrêt des vieilles valeurs qui font naufrage, et de la nouvelle société qui émerge avec tous ses principes de précaution, les caméras de surveillance, la surconsommation, l'informatique. Pour partir en voyage, je ne dois pas oublier : chargeur Palm, chargeur Olympus numérique, Chargeur Nokia, raccord Mac, clé Usb, cable mini radio, GPS, Powerbook G4. Les comédiens emmènent des CD de films DVX au cas où l'hôtel n'aurait pas de télévision. De plus, il me faut mon Prurinol, mon Lamasyl, mon Pévaryl, mon apranax, pour éloigner les maux qui frappent 63 ans de vie active.

22 juillet

Notre Oncle Vania ressemble de plus en plus à un succès. On sent comment le public attend, comment il suit, comment il nous fête à la fin, comment il parle à l'extérieur du spectacle. On voit comment les gens nous arrêtent dans la rue, ce qu'ils disent. On sent aussi l'incapacité d'exprimer son sentiment. Jean Digne tourne autour de moi, il me fait" oui, oui . " Je le croise un peu plus tard il reprend"oui, oui, il y a quelque chose " encore plus tard il ajoute "c'est touchant, c'est toi". En principe Jean Digne, une grande personnalité des arts, dit des choses importantes.

29 juillet

J'ai des problèmes avec mon voisin, il ne respecte pas trop la frontière entre nos deux jardins. Hier, n'en pouvant plus, je suis allé détruire les trois quarts du matériel de sa maison. Tout le monde me dit que j'ai bien fait et qu'il faut qu'il finisse par accepter la frontière comme elle est. Voilà. Je suis effaré par l'agressivité d'Israël qui détruit sans état d'âme le Liban. Je disais toujours à mon père : "toi en tant que juif, avec tout ce que tu as vécu, tu n'auras jamais le droit d'humilier qui que ce soit sur la terre". Je voudrais dire ça aussi à Arno Klarsfeld, lui qui s'est placé conseiller de Sarkozy. Pour moi, il y a longtemps que les Israéliens n'ont plus rien de juif et ne respectent plus les valeurs de culture, de pacifisme, d'humanisme qui devraient les caractériser.

5 août

Un des mots les plus affreux inventés récemment, c'est celui d'aoûtiens. L'aoûtien doit absolument partir début août, il se rue sur les sites de voyages dégriffés, ou pas chers, il se fiche de la destination, il doit partir, à Madagascar, à la Réunion, en Turquie, à Marrakech, qu'importe, il doit partir. Les aoûtiens se rassemblent par milliers à Roissy-Charles de Gaulle, ils sont dans un état second, car le vicieux marché libéral leur a fait croire qu'ils sont en manque de voyage. Nous sommes dans le cas de figure de l'attitude consommatoire extrême...Ce qui me fait peur, c'est que cela ressemble un peu aux abonnés des théâtres et des opéras quand ils vont chercher leur dose annuelle de culture.

12 août

Il m'est arrivé une catastrophe, j'ai perdu mes lunettes de vue dans la Saône, lors d'une malencontreuse acrobatie pour monter sur une embarcation. Sur le plan personnel c'est le drame complet, cela fait quinze jours que je vois trouble. C'est de ma faute, de la faute de personne d'autre. De plus tout est arrivé parce que j'étais excité et trop en forme. Moi qui adore accuser la société de tous les maux, là c'est impossible. Il y a tout de même une grosse partie de notre vie que nous gérons nous -mêmes, en totale autonomie, alors ce qui nous arrive, nous en sommes souvent responsables. Et si les pays étaient eux aussi en partie responsables de ce qui leur arrive. Pas loin de chez moi, j'ai lu un tag sur un mur"Israël ne doit plus exister". C'est très grave ce que je dis, c'est horrible et ignoble, mais je n'ai pas pu de m'empêcher de penser qu'actuellement, ils font tout pour attiser la haine du monde entier.

19 août

Il y a 37 ans naissait mon fils Christophe. Je m'en souviens bien, retour d'Avignon, Issy les Moulineaux, Hôpital de la Cité Universitaire. je commençais le théâtre. Nous jouions "l'Amérique est blanche", un spectacle de dénonciation du racisme. cela devait être bien mauvais. Quand j'avais 37 ans, je commençais la grande conquête de St Quentin en Yvelines avec l'Unité, c'est l'année de la femme chapiteau. J'étais encore tout maigreJe sais ce que je vais offrir à Christophe pour ses 37 ans, le cadeau que je rêve de m'offrir à moi-même. Elle est bien cette thèse qui dit que les cadeaux, c'est toujours à soi-même qu'on se les offre.

26 août 2006

Cela fait du bien cet air marin et si doux, et un coup d'oeil sur la droite quand on est sur l'A 55, et on voit tous ces gros paquebots qui font rêver. Fred Patois a quitté Audincourt pour Marseille, il y a trois ans, Marie Leila rêve de quitter le pays deMontbéliard pour Marseille, Nadia s'est installée à Marseille, elle habitait près de Montbéliard, j'entends parler d'un certain François, ami de Samia qui est parti il y a plus de dix ans. Notre pays de Montbéliard est un repoussoir, les gens ne rêvent que de partir. Le président de l'agglomération de communes du Pays de Montbéliard, une espèce de Salazar attardé, fait des dégâts considérables, tous les projets culturels sont étouffés dans l'oeuf. Nous seuls, compagnie vivante, serions capables de contenir cette hémorragie, et de rendre le pays attractif, mais voilà, pour l'instant, nous devons panser nos plaies, sans avoir de quoi initier le moindre projet.

2 septembre 2006

Je range, je range sans arrêt, j'élimine tous "les objets morts" qui traînent, tous ces bouquins que ne je n'ouvrirais plus jamais, tous ces chargeurs et cables périmés, ces disquettes d'ordi démodées. C'est sisyphien, je ne viens jamais à bout du désordre qui règne sur ma table de travail. Jamais. Pendant ce temps là, j'entends que Sarkozy lui aussi fait le ménage, sauf que lui, il vire des êtres vivants, uniquement parce qu'il pense que montrer qu'on a des couilles, rapporte des voix. Je ne vois pas comment elle va faire sa rivale du PS.

9 septembre 2006.

Lady Diana expliquait qu'il fallait être très solide pour voir sa photo en première page de tous les magazines. Cette pauvre Ségolène est en train de vivre la même chose. Elle a le même visage photogénique et dégage la même fraicheur, et pareil, est en train de se faire totalement dévorer par les médias. A sa place, j'éviterai toujours le tunnel de l'Alma. C'est vrai qu'on en a marre de tous "les has been" de la politique, de leur expérience, de leur métier, de leur faconde . L'autre candidat, notre premier flic de France, est moins beau, mais il prend des postures surprenantes, il se choisit comme soutien, le premier camé de France, Doc Gynéco le planant, et le cocaïnomane Johnny qui il y a quelques mois nous annonçait qu'il voulait être belge.

16 septembre

Sans arrêt j'entends : "rien à foutre, ce n'est pas mon problème, c'est leur salade. " Et je dis non, cette attitude en retrait n'est pas bonne. Il faut sans arrêt s'occuper de ce qui ne nous regarde pas. Il ne faut jamais laisser nos élus, seuls et les mains libres. Il ne faut jamais dire "ce n'est pas ma cuisine". Un jour les juifs de Vienne, ceux qui disaient, "laisse les parler, laisse les dire, ils ne le feront pas" se sont retrouvés à Buchenwald ou Dachau. On nous rebat les oreilles avec les 5 ans du 11 septembre, mais le 11 septembre, les responsables, c'est nous les occidentaux, avec notre arrogance, et notre sentiment de supériorité sur tout ce qui est arabe. C'est nous qui laissons les muftis du Hezbollah travailler au corps nos quartiers. C'est nous qui laissons pourrir le cancer israëlo-palestinien depuis plus de 50 ans.

23 septembre

Je me fais dépouiller de ma belle sacoche de cuir en un quart de seconde à Marseille. Adieu carte d'identité, permis de conduire, carte vitale, carnet de chèque, carte grd voyageur, carte Sénior SNCF, billets de train, stylo, médicaments , ordonnances, palm, appareil de photo. Adieu les 80 € que je venais imprudemment de tirer. Je garderai l'image de cet homme de dos s'enfuyant sur une mobylette, ma sacoche de cuir à la main devant l'indifférence générale de la Canebière très animée à 17 H 45 le 20 septembre. Moi qui dis toujours : " tout ce qu'on joue au théâtre, on le revit un jour ou l'autre dans la vraie vie". Pour moi, c'est l'imposture du vieux port qui me revient en pleine gueule. Tu sais, quand je m'amusais à offrir au premier venu l'argent de ma pauvre mère...

30 septembre 2006

Nos futurs candidats à la Présidence de la république, pour se maintenir haut placés dans les sondages tâchent de coller le plus possible à l'opinion publique moyenne des Français. En 1981, vouloir abolir la peine de mort n'était absolument pas une idée majoritaire. Or Mitterrand l'a gardée dans son programme, et finalement ça lui a réussi. Le problème qui se pose dans l'immédiat, c'est la régularisation massive ou non des sans- papiers. Sarkozy propose l'expulsion manu militari de 24 000 gosses. A Audincourt, l'école Georges Brassens a décidé de garder un petit malien par n'importe quel moyen. Une résistance magnifique s'organise. Il ne s'agit pas d'être immigrationniste à tout prix, mais se dire que tant l'on pillera les matières premières africaines, les pauvres de ces pays frapperont à notre porte. Mais quel est le futur candidat qui osera le dire ?

7 octobre

"Bonjour Jak, voici tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur votre diet et votre santé.Vous avez un IMC de 30 (Indice de masse corporelle)". Aïe, c'est le drame, je fais partie des 15 millions de Français trop gros. Un peu plus, je faisais partie des 5 millions d'obèses. Pourquoi ? Parce que je suis stressé, alors je grignote. Madame Diet a raison, je risque l'ACV, l'infarctus, la rupture d'anévrisme, faut que je réagisse. Madame Diet me demande 120 €, et elle va me dicter ma ligne de vie. Je n'y peux rien, je ne sais pas résister à un Brie bien coulant, aux croissants au beurre dans les hôtels, à une vodka glacée. Je me souviens d'Alex Metayer, il avait un super bon indice, qui ne lui sert plus à rien. Là, je sors de table et j'ai envie de Lindt, et j'ai envie d'autre chose qui paraît -il rallonge la vie de 15 jours à chaque fois qu'on le fait.

14 octobre

Y a des jours je me demande à quoi ça sert toute cette concurrence ? Tous les journaux télévisés de la 1, de la 2, de la 3 , de la 12, sont tous exactement identiques, les journaux papiers c'est à peu près pareil, il n'y a guère que le courrier des lecteurs ou les opinions libres qui changent, les voitures automobiles gardent jalousement des secrets de polichinelle pour sortir exactement les mêmes voitures, on n'arrive même plus à les distinguer. Les théâtres, je n'en parle même pas , ils ont tous la même plaquette, les téléphones portables tous le même look et le même son défectueux, tout est pareil, pareil pareil, même nos deux derniers candidats aux présidentielles, ils finiront par avoir le même programme- insécurité, sécurité de l'emploi, lutte pour le développement durable etc. Je m'ennuie, je m'ennuie...

21 octobre 2006

Je dois être détraqué. je ne supporte pas les portes fermées, je laisse mes tiroirs ouverts, ma voiture ouverte. Je dois être détraqué, je ne comprends pas que le monde entier ne se soulève pas devant le drame des clandestins qui se noient par milliers entre l'Afrique et l'espace Schengen. Je dois être détraqué, je ne peux pas m'empêcher de penser que le théâtre ne devient intéressant que lorsqu'il s'adresse à un public qui n'y met jamais les pieds. Je dois être détraqué, car je ne supporte pas le moindre mot de travers proféré à l'égard d'un arabe, d'un juif ou d'un noir. Je dois être détraqué, car je ne suis absolument pas d'accord avec le débat permanent sur la liberté d'expression. Je dis : non, on ne s'amuse pas avec l'Islam, mais je dis : oui , on peut plaisanter sur Jésus. je dois être vraiment détraqué.

28 octobre 2006

Finalement j’ai tout avec Edith. deux maisons, deux voitures, Deux enfants, deux lave linges, j’ai tout. Deux salaires réguliers. Le théâtre de l’Unité a une maison, de la reconnaissance, plusieurs subventions. J’ai beaucoup d’amis, un frère, des soeurs, des nièces. J’adore mon GPS, mon accordéon, j’ai un powerbook G4 avec l’ADSL Je fume des Monte Cristo ou des Hoyos du député. J’ai tout. L’Unité a même a eu des articles dans le Monde et dans Libération. Mais alors zut, pourquoi me manque t-il quelque chose ? Bizarre, ce phénomène. T’as tout et cela ne te suffit pas ? Tu veux plus ? Mais quoi ? Mais quoi ? Quoi ? Eh bien, Je voudrais vivre dans un pays de Montbéliard, dans un département, qui aient du dynamisme, que l’on puisse rêver de grands projets impossibles.

4 novembre 2006

Dans le temps, une voiture qui flambait, c'était une nouvelle, alors on a pointé les médias, et ils n'en ont plus parlé, et puis ce n'était même plus un sujet d'intérêt. Alors les gosses des quartiers s'en sont pris aux autobus, cela n'a pas ému grand monde, puis un autobus a cramé avec une jeune fille dedans à Marseille, alors le Ministre de l'Intérieur comme tous les ministres de l'intérieur a dit que les coupables seront punis. Il y a quinze ans au théâtre de l'Unité, on jouait un sketch qui montrait comment une société démocratique et gentille comme la nôtre était capable d'engendrer des petits barbares déjantés, et comment elle le faisait sciemment car cela arrangeait ses affaires. C'était il y a quinze ans. Les quartiers frémissaient à peine. Notre sketch est d'une actualité de plus en plus brûlante, mais ce qui intéresse les politiques, ce n'est pas notre sketch, mais comment garder le pouvoir.

18 novembre 2006

Ils ont réussi. Ils ont décimé toute une profession. 20 000 intermittents jetés au RMI, 30 000 secourus par un fond de soutien, (deux sauvetages possibles seulement) 30 000 sur le point de tomber. Le résultat : pénurie de comédiens au pays de Montbéliard. On n'est plus capable d'honorer les demandes multiples d'ateliers scolaires ou autres. Or quand on voit dans quel état de blocage, et d'aliénation totale se trouvent de nombreuses personnes, la pratique théâtrale leur serait vraiment indispensable. Je rêve qu'un jour, on puisse faire le procès de ces vrais assassins, ceux qui ne craignent pas de faire ce travail de démolition humaine. Et n'allez pas ensuite me dire que droite et gauche, c'est pareil.

25 novembre 2006

Il y a ce jardin tout délabré avec cet arbre en travers, il y a G. qui s'installe dans son camping- car, il y en a d'autres tout proches qui n'ont pas de quoi s'installer dans une location, et qui sans être SDF errent de maison en maison. Il y a le vernissage d'hier soir, tellement misérable, tellement indigent, il y a l'ampoule de la cuisine qui claque mais qui est trop haute pour la changer, il y a le cri insupportable que pousse Hervée dans la pièce d'Yves Ravey. Il y a ces friches, anciens lieux de prospérité à l'abandon, dévolus aux artistes pauvres, il y a cette ville de Marseille éventrée par des travaux, aux poubelles jamais vidées, où les jeunes tournent en scooter pour arracher sacs, portables ou GPS. Au réveil, je sens que la pièce de Tchekhov me rattrape déjà, oui, notre société est en totale décomposition, il faut s'en aller, mais où ?

samedi 2 décembre 2006

Un des critères les plus quantifiables pour évaluer le succès d’une oeuvre d’art, c’est le « combien de monde ? « Avoir du monde » c’est mieux que de n’avoir personne. On demande toujours « alors tu as eu du monde ? ». Mais le « avoir du monde » peut être suspect, ce sont souvent les oeuvres faciles qui attirent le monde. Le « peu de monde » n’est pas automatiquement un signe de qualité. En fait dans le théâtre ce n’est pas la quantité de monde qui est importante ;, mais le pourcentage de remplissage. Nous qui avons inventé le théâtre à 2 places , le seul théâtre au monde qui soit toujours plein, nous aurions pu mieux réfléchir à ce problème de jauge avant de nous lancer dans Promenade avec Luther. Les théâtres n’aiment jamais les sièges vides.

9 décembre 2006

On apprend que la Franche Comté est la région où l'on se suicide le plus en France. Cela m'évoque le capitaine des pompiers de St Quentin en Yvelines, le capitaine Saint Jalmes, un type formidable qui lors d'un arbitrage municipal de création de postes en 1982 avait déclaré " Vaut mieux un comédien de plus à l'Unité qu'un nouveau pompier, nous, nous ramasssons les jeunes qui se suicident, eux les empêchent de se suicider". Mais avant qu'un seul élu de la droite du pays de Montbéliard accède à ce niveau d'intelligence, il faudra attendre un siècle.

16 décembre

Le fait que depuis une semaine, je n'arrive plus à faire mousser le lait de mon cappuccino me jette dans des humeurs noires et dépressives. Commencer la journée par cette non- maîtrise des éléments me fait douter de toutes mes capacités. Je ne m'aime plus, je me dégoûte, je me répulse, je n'arrive plus à ordonner mes pensées, je m'enrhume, je culpabilise, je vois des ennemis partout, je n'ai envie de rien, et ce ne sont pas les belles décorations de Noël de mon voisin qui me remettent d'aplomb, je suis au fond du gouffre, dans les cinquièmes sous -sols de la société. Je ne vois même pas pourquoi je remonterai un jour.

23 décembre

Il y a un nouveau directeur au théâtre de l'Odéon, un nouveau directeur au théâtre de Gennevilliers, partout il y a des nominations dans le secteur "public" du théâtre. J'attends de tous ces jeunes nouveaux directeurs des paroles non consensuelles, de la rage, j'attends du neuf, de l'élan, de la révolte, de la rupture avec le passé. Mais non, ils sont carrément tranquilles, éteints. Pas de nostalgie, Il y a eu Vilar, il y a eu Barrault, il faut que j' accepte l'idée que Jeanne Laurent est morte, que Malraux est mort, que Lang est parti, que rien de neuf ne sortira du théâtre dit "institutionnel." sauf miracle...

6 janvier 2007

Sylvie et Nathalie discutent. "j'ai halluciné dit l'une, j'ai reçu les voeux d'Hervée par SMS" eh bien moi répond l'autre, ceux de Claude Acquart ! Elles conviennent toutes les deux que leurs directions sexagénaires respectives ont réussi là un exploit digne d'être signalé. On essaye de s'accrocher, nous les enfants de la dernière guerre. Mais il y a ceux qui se servent de leur allergie à l'informatique comme une forme de distinction. "je n'ai ni portable, ni ordinateur, et j'en suis fier" disent-ils. La seule question qui m'intéresse, c'est de savoir si l'invention d'Internet est aussi importante que celle de l'imprimerie. Mon copain de lycée, Jean Pol - six heures d'internet par jour- est formel. C'est beaucoup plus important.

6 janvier 2007

"T'as pas honte" hurle Jean François, tu as accepté un sac en plastique non destructible, tu vas étouffer les dauphins ! Marcel me retire le cigarillo de la bouche. "Tu empuantis l'atmosphère, et tu me donnes le cancer". Michel ne veut pas manger de mes légumes. "Jacques, tu dois acheter bio". Edith éteint rageusement la Freebox, elle a lu que deux cent mille freebox allumées toute la journée contribuaient au réchauffement de l'atmosphère autant que deux heures d'embouteillage sur le périph. J'écoute la radio, ça ne parle que de ça, j'ouvre le journal "encore ça". Et bien ce soir, j'en ai tellement marre de me faire seriner, que je rêve de voir l'humanité disparaître, je rêve de déluge, d'apocalypse, de monstrueuses épidémies avec 2 milliards de morts, je rêve de voir l'univers tomber en lambeaux. Si ma vie a une fin, il faut bien que le monde en ait une aussi.

13 janvier 2007.

Tout le monde ne parle plus que de ça. "Rends toi compte, des bourgeons en janvier !" Attends voir mes roses trémières sont sorties." Et moi donc, j'ai des poireaux dans mon potager, des poireaux en janvier ! Pourtant il y a des lustres que j'entends dire qu'il n'y a plus de saison. Serait-ce donc que le bon sens populaire ait devancé les observations des spécialistes qui ont mis vingt ans avant de s'apercevoir que le temps était détraqué. Le seul fait positif, c'est que la Provence va devenir désertique, et la Franche Comté provençale. Donc nous avons fait le bon choix en 2000, lorsque nous avions envie de nous installer en Provence, et que nous nous sommes retrouvés à Audincourt.

20 janvier 2007

Et toi ? Tu ferais quoi, si t'étais chef de l'Etat, toi, tu ferais quoi toi ? Franchement, tout autour de moi, à part légaliser le cannabis, personne n'a la moindre idée de ce qu'il ferait. Mais accepter les réfugiés du Monde entier, tu le ferais toi ? Aucune réponse. Voilà, nous sommes devenus des citoyens passifs. Nous votons, sans vraiment attendre de changement. On se sent impuissant, on se sent grain de poussière. Mais moi, je vais écrire aux candidats, sur les problèmes de la culture et sur celui des réfugiés. Je vais le faire. 27 janvier 2007

Ils sont tous là, les yeux embués de larmes, pour l’abbé Pierre. En 52 ans , ils n’ont toujours pas réussi à trouver un abri pour 86 000 personnes qui dorment dehors, et pour un million de personnes qui voudraient habiter dignement. Ils se sont foutus de la gueule de l’abbé Pierre, toute sa vie, ils ont fait semblant de lui dire oui. Ils viennent de passer commande de 5 sous marins nucléaires pour 7 milliards d’Euros. Sarkozy qui vient d’expulser la famille Raba de haute Saône, qui ne construit aucun logement social dans sa ville, est au premier rang des pleureurs, en gros plan à la télévision. J’ai honte pour lui.

3 février 2007

Quinze millions de français vont devoir se cacher pour fumer à partir d’aujourd’hui, dès lors qu’ils sont dans des espaces publics. La loi est proférée comme un anathème. On a presque peur de devoir porter sur sa poitrine la mention « fumeur ». C’est grave pour les fins de soirée et leurs chaudes atmosphères. Adieu Brel, Gainsbourg, Brassens etc. La fumée était tout de même liée à la créativité et au besoin social d’être ensemble. Adieu, le dernier café, accompagné d’une petite poire, et de la dernière cigarette avant de se quitter. Il y a un peu de talibanisme dans l’air. Comment va t-on survivre à Audincourt les lundis soir de Brigades et lors des dîners d’après Kapouchnik ? Tant pis, nous vivrons dans le péché et l’illicite !

10 février 2007

Je me dis que vraiment, il existe une cuisine de droite et une cuisine de gauche. La cuisine de droite, c'est le service à l'assiette, si quelqu'un arrive qu'il n'est pas prévu, c'est la consternation, à droite la cuisine est individualiste et chichiteuse. A gauche, c'est la cuisine des grandes poêllées, des marmites, c'est la cuisine du partage, il y en a pour tout le monde, c'est une cuisine qui cuit longtemps avec des viandes pas chères, et pourtant succulentes . Il faudrait remettre à l'honneur "le banquet", qu'il ne soit plus uniquement réservé aux repas du 3 ème âge dans les gentilles municipalités

17 février 2007

Un mois de vacances, un mois sabbatique. Adieu Audincourt, adieu Malakoff. A moi l'Asie, Hong Kong, puis Dempassar, puis Mauméré, puis Larantuka. Enfin quelques heures de roue libre. mais pour l'instant c'est l'embouteillage dans ma tête. Comment faire ? 50 X 20 X 35, dimension maximale du bagage de cabine. Pas de liquide, pas de médicaments sans ordonnance. Et le liquide ? Il n'y pas de distributeur là-bas. Mille euros à emporter, où les ranger ? et le code Résa du vol Cathay Pacific ? On dit que là bas il y a la disette. Quel joli mot pour un truc horrible ? On dit que là-bas le cable Internet a été victime d'un tsunami sous marin. Je ne pourrais plus faire mes billets du samedi. Et mon bobo au pied ? Et la malarone ? Décidément, je déteste les vacances. Vivement que je revois Malakoff et Audincourt, et le périphérique, et le toît des usines Peugeot.

14 mars 2007

Je reviens à l'instant. Je suis largué, chamboulé par le décalage horaire, mais aussi étranger dans mon pays. J'ai eu un réflexe viande rouge, et salade. Mais je suis dans un état curieux, comme une batterie déchargée, de comprenant même pas bien ce que je fais ici. Faudra une transition, un temps de réadaptation. La campagne présidentielle me paraît être un combat de nains, les dossiers accumulés sur mon bureau parfaitement dérisoires. Ce qui me choque le plus, c'est de voir que nous ne parlons que du réchauffement climatique, pendant que l'Asie n'a même pas l'essence sans plomb et gère ses déchets de façon totalement anarchistes. Bref, je suis cassé, je n'ai jamais eu trop de certitudes, mais là, mon cerveau est carrément ramolli.

31 mars 2007

Cela se passe à la Sorbonne. L'amphithéâtre Bachelard est une merveille, tout en bois, avec une belle fresque. Comment a t-on osé contruire autant d'universités modernes si laides ? J'y étais à la Sorbonne, il y a 42 ans Un colloque sur la fête ? Nous sommes 4 hommes à la tribune, chacun porteur de méga-réalisations. Je rappelle à Jean Blaise qu'il tenait beaucoup à ce que les artistes mangent sur des nappes, et que cela changeait des éternels accueils "cantine". J'ai décidé de faire un petit effet d'étrangeté, plutôt que de me perdre dans les méandres d'un discours pas trop maîtrisé. Je fais donc des blinis, en direct, au coeur de l'université, je fais circuler subrepticement une bouteille de vodka. et pour terminer je réponds à une question en chantant à l'accordéon. J'ai un peu la honte de faire si farfelu, il n'y a qu'Edith qui sait que je suis très très sérieux. On ne plaisante pas avec la nécessité de l'illicite.

6 avril 2007

L'autre, il nous demande d'aimer la France ! Sait -il que l'amour cela ne se décrète pas ? Déjà lui, je ne l'aime pas trop avec son rictus de la bouche et ses ordres, et puis ça veut dire quoi aimer la France ? Aimer toute cette bourgeoisie arrogante et dominante dans ses réserves résidentielles privées ?Aimer la flopée de racistes et d'antisémites ?Aimer ceux qui abandonnent leurs chiens et leurs vieux sur les aires d'autoroute ? Aimer le système castique de l'organisation des arts ? etc. Il y a une seule France que j'aime, c'est celle qui m'a permis de naître au Chambon sur Lignon, la France des résistants, celle- là je l'aime, mais celle qui nous empêche de vivre, cette France -là, je suis comme les jeunes des quartiers, je la nique.

14 avril 2007

Depuis 3 jours, je ne me sens pas dans mon assiette, comme on dit.Pas malade, mais pas bien, des légers maux de tête, et surtout quelque chose comme une oppression. Je me demande d'où vient cette sensation de mal-être. Et puis, je comprends que j'ai peur du résultat des élections. Je ne pense pas que la France soit prête à accepter un Pinochet qui nous raflerait, nous internerait dans un stade etc. Mais je sais que si Sarkozy passe, c'est pour nous cinq ans d'obscurité, cinq ans sans rêve, cinq ans de Thatchérisation. Thatcher a cassé tout le théâtre britannique, ce sera un bon modèle à suivre pour lui. Alors avant de donner vos voix aux candidats qui vous plaisent, facteur ou agriculteur, réfléchissez bien. Que nos espoirs ne s'envolent pas dès le 22 avril à 20 H.

21 avril

Le matin, j'ai des idées qui me traversent la tête et qui me font peur à moi-même. Je pense à toutes ces personnes âgées, celles qui risquent de faire basculer la France très à droite, et je me dis que le suffrage universel, ce n'est pas évident. Je me souviens avoir rencontré un jeune qui me disait que lui ne voterait jamis Frant National, il préférait Le Pen. Et voilà, où j'en suis moi, qui crois dans le bon sens populaire, je me dis que le peuple il peut parfois être déboussolé, et quand je pense que la plupart des citoyens n'ont que TF1 comme source d'information, j'avance vers l'urne ce dimanche à moitié désespéré.

29 avril

On ne pense qu'à ça. Pas moyen de faire autrement. Au bar PMU d'Eaubonne, je prends une limonade, juste à côté, une table de cinq garçons discute à voix très haute. Le Pen c'est tout de même le meilleur, c'est le seul qui propose la suppression du permis à points. C'est sûr il est trop "ciste-ra". Comme mon beauf il est arabe et moi moitié portugais... mais il a raison, il faut fermer les frontières. Moi je travaille quatorze heures par jour pour ces glandus assistés qui se lèvent à midi et gagnent plus que moi , c'est pas normal. Ségolène elle n'a pas les épaules pour porter la France et avec le Smic à 1500 €, je mets la clé sous la porte, mon employé gagnera plus que moi, et mon père qui est ouvrier pro gagne 1500 € depuis 7 ans, eh bien il va se retrouver au smic. Non elle n'est pas compétente". Je n'ose pas participer à la conversation , j'ai juste écouté. je suis affligé.

4 mai

Je m'en doutais vaguement , moi là jen suis sûr, l'opinion publique est surtout le fait de ceux et celle qui nous remâchent l'actualité à travers leur vision. Et bien sûr, ils disent ce qu'il faut dire. Je vais enquêter moi-même au stade Charlety, pour le dernier meeting de Ségolène, j'y trouve une ambiance de ferveur totalement dingue. Le peuple de gauche est debout, magnifique, ça sent le printemps de Prague, des centaines de jeunes des quartier escaladent les hautes grilles pour rentrer alors que le stade est déjà hyper plein. Sur les radios et les TV, rien, on signale qu'il y a eu du monde à Charlety, personne ne signale un meeting extrordinaire. Idem pour le grand débat. Elle était vive, piquante, solide, spontanée, pragmatique, il était triste gros matou ne voulant pas montrer ses griffes, péremptoire, arrogant. Tous les médias s'accordent pour dire qu'elle était floue et lui Elyséen , qu'elle a pété les plombs, que sa colère était feinte. Tous les médias veulent faire gagner Sarkozy, c'est trop évident.

5 mai 2007

Franchement, il y a quelque chose qui ne va pas. On n'a même pas voté, mais tout le monde sait d'avance le résultat. Comment être motivé dans ces conditions ? Il est évident que ce Roland Cayrol qui dirige un institut sur l'opinion des français est un gangster de haut chemin, car il passe sa vie sur les ondes à façonner nos cerveaux et à me dire à moi, ce que je pense moi. Je me sens comme dépossédé. Je n'ai même pas le temps d'avoir une opinion, lui m'annonce déjà ce que je pense. C'est un des plus grands lavages de cerveaux de l'histoire. Souvenez vous bien, en 2006, avant que la campagne électorale commence, nous avons eu droit sur les huit derniers mois de l'année à 266 apparitions du candidat de la droite sur nos écrans sur 264 jours. Je crois pourtant qu 'il est tout à fait impossible que les Français mettent en selle cette sorte d'animal politique.

7 mai 2007

C'est "talonnette" qui est passé, avec toute sa bande de Neuilly. Il n'avait qu'un programme : gagner à n'importe quel prix. C'est un carnassier, ses canines sont celles d'un tigre. Il avait comme alliés, tous les médias . En deux ans il a réussi à façonner l'opinion publique. On nous a rebattu les oreilles avec la petite Ségolène qui était trop délicate, trop superficielle, trop légère, qui n'avait pas les épaules. Voilà ce qu'on nous explique depuis 6 mois. On le sait maintenant pour diriger la France, il faut avoir de la duplicité, être retors, de mauvaise foi, carambouilleur et surtout tueur. Mitterrand ce n'était tout de même pas la limpidité, et Chirac , c'était un sacré gangster ( tiens, il a augmenté les dépenses de l'Elysée de 600% en 12 ans). Jusqu'à la dernière minute, je n'y croyais pas... Bon maintenant je relativise. Ce n'est pas un français sur deux qui est Sarkozyste . Quand on enlève les privés de droits civiques, les non inscrits, les abstentionnistes... Maintenant, nous artistes, nous devons être en pleine vigilance, produire de la pensée, des spectacles de sens, être ensemble pour ne pas se laisser manger par ce loup et sa meute.

12 mai 2007

Sous mes pieds j'ai un fourbis de cables de toutes les couleurs qui vont dans tous les sens, pas moyen de s'y reconnaitre. Idem pour les éditoriaux des journaux, c'est l'embrouillamini le plus total. Même les philosophes raisonnables perdent la boule. Onfray ne croit plus que dans le PCF, Finkelkraut est d'une virulence extrême contre Sarkozy, alors qu'il s'affiche dans le Nouvel Obs comme un de ses grands amis. Pour Charlie Hebdo , on est à Munich en 1933. Le Monde salue Sarkozy comme le Blair qui va réformer le pays dans le bon sens, Marianne nous propose le centrisme révolutionnaire. Mais moi, alors, est ce que je pense moi,ai-je un gramme de pensée à moi ? Ou me laisse je bercer par les uns et les autres. Eh bien moi, en vérité, je suis ennuyé, parce que je suis entouré de gens de gauche- gauche qui sont en vérité dans leur vie de tous les jours, racistes, réactionnaires, conservateurs, bornés, autant que ceux de l'autre bord. Alors à chaque fois, j'en reviens à me dire qu'il faut tenter de changer le Monde à partir de nous mêmes et de nos élus locaux, et que c'est déjà une tâche quasiment utopique.

19 mai 2007

Bien sûr que le soleil se couche à l'Ouest, et que selon l'endroit où tu te trouves, ce n'est pas à la même heure. Voilà une certitude. Donc pour jouer notre pièce, Oncle Vania à la campagne près de Nice, nous avons décidé de nous aligner sur le coucher du soleil. Eh, bien nous avions tort. Il fallait mettre en jeu un second paramètre...La colline à laquelle nous sommes adossés est à l'ombre dès 18 H 30 et dans une quasi obscurité quarante minutes avant le coucher du soleil. Nous nous sommes une fois de plus joliment plantés. Pourtant j'ai lu le bouquin d'Edgar Morin sur la complexité, mais avant qu'un seul précepte philiophique fasse partie de nos conduites quotidiennes....

26 mai 2007

La question c'est : "va t-on être malheureux sous Sarkozy, va t-il tuer le théâtre que nous faisons "? Il avait parlé de supprimer le ministère de la culture, il ne l'a pas fait. Va t-il nous empêcher d'exister et de respirer. Est ce que notre vie privée va être touchée ? Quand ça ? Je vais aller acheter des livres, regarder le vieux port du haut de la terrasse de l'hôtel à Marseille avec mes jumelles, déjeuner peut être avec René , prendre le train vers Montbéliard. Pour l'instant, rien à signaler.Il a juste décidé de ne pas rembourser les dettes de la France tout de suite. Pour l'instant, on attend assez placidement. On nous a déjà annoncé le résultat des législatives. C'est comme ça... quinze jours avant, tout le monde a le résultat.

2 juin 2007

J'ai la sensation que le pays de Montbéliard est en panne. A tous les niveaux. Le problème, c'est que je l'ai écrit, j'avais besoin de le faire. J'ai envoyé la lettre à la presse locale, jai peur qu'elle paraisse. Maintenant je me demande si je n'aurais pas fait mieux de me taire. Pourtant je ne pouvais plus me retenir. C'est inimaginable, je sors d'une fête locale-je ne peux pas la citer- mais c'était triste à pleurer et partout c'est comme ça. Ici c'est un pays de l'Est, il faut toujours se taire, mais là j'avais une telle sensation d'étouffement. Tu peux lire la lettre. Tant pis, je prendrais des coups. Mais qui d'autre que les artistes peut parler ? Qui ?

8 juin 2007

Hyperactivité. 20 jours de théâtre en continu. 4 spectacles. 500 litres de soupe russe. Douze plants d'aneth. Les acteurs de Vania s'étaient mis à l'italien, ils se mettent à l'anglais. Casse tête de chargement du camion. Le Boser en profite pour nous faire une panne. On s'emmêle dans les feuilles de route. La boue sur les costumes a du mal à partir. Il faut sans arrêt être au top de la forme et de l'énergie. Récupérer. récupérer. Hervée et moi, réclamons des chambres single, parfois c'est impossible. Il faut faire avec. Nous sommes les spécialistes, des centres équestres, des centres spirituels, des foyers ruraux. Il faut tenter de manger" équilibré. " En arrière plan, le nouveau président est prêt à tout promettre pour avoir une chambre des députés bien soumise. Mais aux artistes, au moins il ne promet rien du tout. On ne sera pas là à la fausse manifestation de droite que préparent les artistes de théâtre de rue à Paris pour le 12 juin. Un peu d'humour ne fait pas de mal.

14 juin

Hyper activité. Même pas le temps de déprimer ou de se plaindre. On vole d'un spectacle à l'autre. On tente d'éviter les orages. Amiens, Chalons en champagne, puis la Hollande. Il faut gérer son énergie, son sommeil. J'aime cette vie -là. On a vécu une moment de magie avec cette tour bleue d'Etouvie à Amiens et ces 5000 personnes accourus dans ce quartier effectivement très sensible au sens magnifique du terme. Plus que jamais je crois que le peuple est l'élément essentiel de l'acte théâtral.

18 juin

Vraiment c'est une bonne nouvelle, comme une petite lueur d'espoir dans ce pays de Montbéliard marqué par son immobilisme culturel, par l'exil de sa jeunesse, par l'absolue tristesse d'un déclin attendu et accepté. Pierre Moscovici , arrivé quasiment en même temps que nous a fini par être reconnu, enfin ! Il devient notre député. Au moins, on saura à qui parler...

22 juin 2007

Ici il n'y a pas de vol. Parce qu'il n'existe aucune raison de voler, tout le monde a tout pour satisfaire ses désirs. Ici il n'y a aucun énervement, aucune haine, l'insulte n'existe pas. Ici il n'y a pas de pauvre, ici il n'y a pas de laissés pour compte, tout est tranquille. Ici le haschish est légalisé, ici les homosexuels s'embrassent et se tiennent par la main. Ici , les gens pédalent pour aller aux spectacles. Une petite île se transforme en théâtre pendant dix jours, partout partout partout, Oerol ça s'appelle. On y vient en bateau et 800 bénévoles sont à notre service pour que tout se passe bien. Au moins j'aurais connu la douceur de vivre...

29 juin

A chaque fois que je veux écrire, le stylo bille que je prends est défectueux, à chaque fois je ne trouve ni trombone ni punaise, ni scotch. j'ai acheté en 40 ans, près de six lampes de poches par an, toutes égarées, et les briquets, je ne comprends même pas où ils terminent leur vie. Deux fois sur trois, je cherche mes clés de voiture qui sont sous mon nez. Je ne parle même pas de ciseaux et des épingles de sûreté. Mais c'est pourtant simple, vous allez à l'hypermarché géant, vous décidez d'acheter tout ce que vous n'avez jamais sous la main en quelques exemplaires, cela va vous prendre une petite heure, et vous vous retrouverez à payer 150 € à payer ce que vous avez acheté en chemin...

3 juillet

Il semblerait que se trame dans notre dos un insidieux complot. On le sent proche. C'est de l'ordre de l'ignominie. On va nous jeter par dessus le bastingage, parce que nous entrons dans l'âge vénérable où d'être vivant vous passez à " être encombrant" bon pour la déchetterie. L'administration travaille sur dossier. Tiens ces deux -là, Cela fait bientôt 35 ans qu'ils émargent à nos services. On va leur dire que c'est fini. Et voilà ce qui se prépare : du côté du Ministère de la culture, notre principal bailleur de fonds, on se prépare à nous couper les vivres. C'est un dossier "secret défense". Une intuition. Ce serait grave de casser un outil comme le théâtre de l'Unité. Ceux qui oseront n'auront plus jamais la conscience tranquille.

6 juillet 2007

C'est une vieille croyance bien incrustée en moi qui consiste à dire que tout ce que tu joues au théâtre, tu le vivras forcément un jour pour de vrai. Et là, depuis la pleine lune je suis obsédé par cette phrase de Vania : "il me reste treize ans à vivre, que vais- je pouvoir bien faire de ces treize années ? " Je sens fort la montée d'une violence extrême, celle de la mise à l'écart des plus de 65 ans. Cela ressemble beaucoup au tri des déchets. Ce libéralisme- là est d'une sauvagerie extrême.

14 juillet 2007

T' es là pour jouer ? T'as vu Novarina ? Les places du Soleil, c'est 45 € !Tu passes nous voir. T'es là jusqu'à quand ? T'es où maintenant ? J'ai fait 130 places, hypercontent, 130 c'est bien. Paraît que Chéreau fait payer ses lectures 15 000 € . C'est scandaleux. J'ai fait 34 puis 22, je sens que ça monte, faut dire que je tracte. Le Off c'est l'énergie. T'as serré la main du directeur du festival ? super .. 100 points. L'intermittent est côté à 0,5 points. Comment veux tu que l'on te remarque... 970 spectacles ! On joue, c'est ça qui compte et 5 personnes, c'est 5 personnes. le vrai ministre de la Culture, je te le dis en vérité c'est Hortefeux, lis sa feuille de route, il est en charge du développement de la langue française... Excuse moi, si c'est pas ça la culture. Je suis à Avignon pour 3 jours, histoire de me montrer et de prendre la température des milieux culturels.

21 juillet 2007

On se croirait à un pèlerinage tant les passions sont immenses au festival de théâtre de rue de Chalon. Pour un peu on se prendrait pour des idoles à écouter les compliments superlatifs et les applaudissements frénétiques. Déferlement humain jeune et bigarré. Toutes mes théories sur le théâtre tombent à plat. On est pris dans un magnifique tourbillon. Quand on joue on se sent portés, légers au coeur des choses. Pendant que l'on joue notre "Princesse Limousine" l' ionisation de l'air est extrême, huit cents paires d'yeux braqués sur nous, huit cents paires d'oreille, et quand les huit cents bouches rient ensemble, aïe aîe... Là il y a carrément un mystère qui me dépasse, oui , c'est de l' ordre du surnaturel, et du paranormal, la force communicative dégagée par toutes ces ondes positives.

28 juillet 2007

Denis Guenoun me tance : "tu aimes Michel Onfray, alors là vraiment tu me déçois. Je réponds " Oui, je partage avec Onfray cette passion de rendre populaire ce qui ne l'est pas". Denis Guenoun est philosophe, et comme dans notre milieu artistique, il y a des choses à ne pas dire sous peine d'excommunication. Je traduis la pensée de Guenoun, c'est comme si lui m'avait dit : "j'adore Robert Hossein". Bien sûr, la démarche de Robert Hossein, remplisseur des Palais des sports, nous paraît suspecte. N'empêche que je ne me laisserai pas intimider, Onfray stimule plus mes neurones que Finkelkraut. Je sais, j'aurais dû dire, j'aime Deleuze et Foucault.

3 août 2007

J'ai connu un enfant qui a été élevé à l'abri de tout ce qui est société des loisirs-bas de gamme. Pas de TV, pas de radio, pas de chanson populaire. Uniquement le Louvre, la musique classique, les expositions de peinture, le théâtre distingué. Je le retrouve adulte. Il ne regarde toujours pas la TV, n'écoute toujours pas la radio, s'occupe uniquement d'Art, dont il a fait son métier. Il a bien survécu, il est juste un tantinet déphasé. Ce qui est certain c'est qu'il est un piètre consommateur, ne court pas comme moi, après les derniers gadgets, n'attend pas avec impatience la sortie de l'I phone, dernière trouvaille d'Apple.

10 août 2007

Dix jours de libres, dix jours à soi. Ah, me disais-je... quel pied ! Je me suis fait une belle liste de tâches. Des lectures, des petits gestes de maison contre l' encroûtement, des plantations d'aneth, de salades, et puis jeter sur le papier les premières idées d'un prochain spectacle pour faire un dossier, donc un budget, pour obtenir des résidences etc. Je n'ai quasiment rien fait de ce que j'avais prévu. Je me suis enlisé, j'ai lu deux livres sur six, mes plantations ont été mangées, j'ai sans arrêt grignoté n'importe quoi contre l'anxiété, je me suis alourdi. Le théâtre n'est vraiment pas une activité solitaire dans un bureau, j'ai besoin de confrontations, de contacts, de contradicteurs, de noeuds à dénouer, de problèmes à résoudre.

17 août

Le vice président du conseil général des Côtes d'Armor croit me faire un compliment. "C'est vraiment populaire ce que vous faîtes". Je devrais être heureux. Or quelque chose me gêne. J'ai la sensation d'être comparé à une sorte de vin ordinaire, un modeste coteau du Languedoc, or je suis persuadé qu'Oncle Vania est un grand cru, de la lignée des Givry. Populaire, c'est malheureux qu'un si beau mot nous ait été confisqué par la mauvaise télévision. J'aime bien l'idée que notre Oncle Vania ne soit réservé qu'à un public extrêmement cultivé, mais un public qui ait l'unique culture qui vaille, celle de la vie. Aussi je me réjouis de voir dans le public, un marin, des infirmières, un agriculteur, une grand mère, mais aussi des profs de fac et des spécialistes de littérature, tous unis et reliés par une belle sensibilité.

23 août 2007

J'erre dans Paris. Je recherche des idées pour notre prochaine création. J'ai le moral hyper- bas. J'erre, sans but précis. Le magasin de squelettes et de crânes de le rue de l'école de médecine a disparu. "Au Vieux Campeur " , rue des écoles, ils sont encore là, c'est le délice, un savoir faire, rien à voir avec les enseignes nouvelles, style Décathlon. Et puis, O miracle, je trouve enfin "la physiologie du goût" de Brillat Savarin dans une toute petite librairie, Place Paul Painlevé. Je me dis que le bureau des étudiants communistes et de leur journal Clarté s'est évaporé. Dans un vieux bistrot, je lis la préface de Roland Barthes, et il m'apparaît clairement qu'avoir mis à la tête de la France un homme qui n'aime pas le vin, mais qui raffole des pizzas congelées, avoir mis à la tête de la France le symbole de l'inculture des milliardaires, c'est un symbole très grave. Je prends conscience que c'est à nous artistes, de déclarer la guerre aux valeurs frelatées, à la grande distribution étouffante, à la France insipide, aseptisée et sans goût, à la douce dictature qui se met en place insidieusement.

30 août

"Ca coûte cher de vivre pauvrement". C'est Pierre Debauche qui m'envoie cette sentence, le voilà qui à plus de 70 ans cherche de l'argent pour son école. Dans les arts, les soi- disant vieux restent résolument jeunes, sinon adolescents. Ils ont du désir, des projets, des envies, des libidos vigoureuses. JP Thibaudat, un des journalistes de Libé de la grande époque continue de décrypter la vraie vie théâtrale dans le blog Rue 89, Laure Adler se prend un nouvelle émission sur Inter, Garran regorge de projets, et moi certains matins, rien qu'à la vue du soleil, j'ai envie de sauter pour le toucher.

6 septembre

Qui dit subvention dit évaluation. J'ai sous les yeux le rapport d'expertise nous concernant. Tous les commentaires sont hyper négatifs. "Provocateurs et racoleurs". Voilà ce qui ressort. Décidément, nous sommes sur la pliure de la carte, ni théâtre de texte et de tradition, ni véritable théâtre de rue. La plus grande part de notre activité"hors case" n'est même pas évoquée. Toutes nos interventions, nos perturbations urbaines, nos mises en fêtes, nos écritures furtives, nos secousses publiques, nos grandes tournées, n'ont droit qu'au silence le plus total. Eh bien, mystère de la vie, cela me met en forme d'être le dernier de la classe, mal vu, mal noté, peu fréquentable. Sauf qu'il va falloir ruser pour ne pas être enterré vivant.

14 septembre 2007

D'après la feuille de route envoyée par notre nouveau Président à sa Ministre de la Culture, les artistes ne pourraient toucher leurs subventions que s'ils répondent aux attentes du public. Sauf que c'est qui le Public ? Entre le public des pros, celui des abonnés , celui des gamins envoyés par le conseil général, il y a des différences flagrantes. Les artistes sont au public ce que les clés sont aux serrures. Si tu n'es pas la bonne clé, tu peux toujours t'accrocher. Tout l'art du théâtre c'est justement de rencontrer le bon public. Je plaide pour la mixité du public, je plaide pour un public mélangé représentant l'élite de la sensibilité. L'orgasme au théâtre, tu ne le rencontres pas tous les jours. Le point G du public ? Là réside le mystère de la repésentation théâtrale.

21 septembre 2007

Je ne comprends plus le sens des mots. Il y des mots qui comme les dents se dévitalisent et meurent. Populaire, ça a été un beau mot, maintenant il sert à nommer les émissions les plus dégradantes de la télévision. Celui qui veut faire du "populaire" est traité de populiste par ceux qui ne veulent pas en faire. Et puis voilà que l'on reparle de "démocratisation" de l'Art. Ceux qui agissent dans les quartiers, qui font leur art pour des gens faisant partie des classes modestes de la société, pourraient être valorisés, mais non, eux aussi ils sont trainés dans la boue. Bizarre tout ça.

29 septembre 2007

Ce qui est sûr, c'est que j'ai plus de vie derrière moi que devant moi. Je rentre dans la zone où je confonds les gares d'Orleans et de Tours, où je ne sais plus si nous avons joué à Vierzon, à la Rochelle, à Tulles, ou à Clermont Ferrand. Je note pourtant tout dans des carnets que je perds. Donc on continue d' avancer dans la vie et quoiqu'expérimenté sur les méandres de l'âme humaine, il me reste beaucoup à apprendre Ainsi donc, Maïa Simon, fatiguée par son cancer a pris le train avec ses amis pour aller se faire euthanasier en Suisse. Je ne sais pas bien si j'y arriverais. je m'imagine avec Edith et les enfants et mes petits enfants, assis sur le lit de la clinique.je lirais un beau discours d'adieu, à cette vie ... J'aurais préalablement salué mes amis de l'Unité, et envoyé un joyeux mel à toutes mes connaissances. " Jacques Livchine disparaîtra le 28 de ce mois, il vous adresse son dernier adieu".

5 octobre 2007

Je reviens sur ce Ministère de la culture qui demande à ses artistes ou aux établissements subventionnés de répondre aux attentes du public. Surtout pas ! Notre rôle est de déranger le public, le déstabiliser, l'inquiéter, le mettre mal à l'aise, le faire douter pour l'amener doucement où nous avons envie de le faire venir.... C'est là que réside la différence entre le théâtre privé condamné à plaire, que Brecht appelait le théâtre de digestion, et notre théâtre populaire, de critique et d'ironie sociale. Ce qu'il y a de pire, et qu'il faut dénoncer, c'est le cancer du conformisme, c'est le calibrage et le formatage des spectacles au goût du public.

13 octobre

La culture à la télévision relève de l'obscènité la plus triviale. A 6 h du matin sur France 3, cela s'appelle les matinales. On vous passe des musiciens classiques filmés sèchement, sans public, c'est d'un ennui à vous faire jeter tout Beethoven et tout Mozart à la poubelle. A minuit vous avez une sorte d'émission intellectuelle sur la 2. Quasiment une parodie. Philippe Lefait s'entretient avec des écrivains et des artistes, le ton le plus funèbre est de mise. C'est compassé, arrogant, cela sent le renfermé. Le film"rue des coulisses" sur Chalon dans la rue est passé à 4 H 30 du matin !Ce soir, les 30 secondes de pub avant et après match de la demie finale de rugby coûtent 140 000 €. Alors pour remercier les vrais financeurs de la TV, on nous cause de rugby jusqu'à saturation complète. Voilà comment on en arrive à formater une nation d'abrutis. Dans vingt ans, les directeurs de chaîne seront tous en procès pour crime contre la pensée.

19 octobre 2007

Après les intermittents que l'on traite de privilégiés avec leurs 1200 € mensuels, ils s'en prennent à ceux qui partent à la retraite après 37,5 années de travail avec 1200 €. Les députés qui mettent en cause ces avantages faramineux, touchent après cinq ans au parlementune retraite de 1587 €, et si c'est deux mandats, le double. Ce qui est grave c'est que quantité de français surenchérissent sur les discours des députés et crient "haro sur les priviligiés." Une opinion publique c'est fou ce que cela peut être malléable.

20 octobre

La Drac n’aime pas les kapouchniks la Drac n’aime pas ce que l’on fait. La Drac c’est le ministère de la culture,la Drac a donc décidé de nous enlever des subsides. La Drac ne se souvient plus du Groupe octobre dirigé par Jacques Prévert, qui comme nous théâtralisait l’actualité. La Drac trouve que le kapouchnik ce n’est pas de l’Art. C’est un conflit qui dure depuis 2000 ans entre ceux qui veulent du théâtre plein de sève et de vie, hérité de Dionysos et ceux qui préfèrent l’ennui des grands textes littéraires, théorisé par Aristote...

27 octobre

En fait il ne s'agit plus de réussir un spectacle, mais de réussir sa promotion. "Les arts de la rue" malgré leurs 280 festivals sont obligés de céder à l'air du temps et de se fabriquer une journée de visibilité nationale. Il s'agit de faire parler de soi dans tous les médias. Pour ce faire, il faut tout un harnachement constitué d'un matériel publicitaire assez offensif, coloré sophistiqué et de trouver les bons créneaux. Donc ce jour, toute la France se couvre de pustules promotionnelles des arts de la rue. En Franche Comté, certains groupes répondent présents, d'autres sont plus circonspects. On peut certes jouer au puriste, ne pas se montrer, mais vaut mieux la ruse... Faire croire. Le théâtre, c'est un peu ça , on fait croire que les choses sont vraies...

3 novembre 2007.

Rien à voir avec l'odieux tourisme de masse. j'expérimente à Marrakech la location d'un ryad, ancien palais , magnifiquement restauré avec goût par des propriétaires français amoureux du pays. Donc au prix d'un Ibis, on vit comme un prince en pleine médina, il suffit de pousser la lourde porte sculptée, adieu mendiants, adieu misère, à nous le luxe des sultans. On aura pris soin d'acheter auparavant quelques huiles aphrodisiaques dans les boutiques phramaceutiques herboristes. Pourquoi culpabiliser ? Le Maroc a besoin de nos Euros, le tourisme est la première industrie du pays. Un petit relent de colonialisme ? Une petite gêne ? Mais non ! Tous les gens de gauche ont leur ryad particulier à Marrakech , BHL, DSK.

10 novembre 2007

Le nombre de bouquins sur le sexe ou la cuisine explosent . Ce sont les nouvelles valeurs refuges. Avec notre nouvelle recherche théâtrale et culinaire, nous sommes pris dans ce tourbillon-là. Moi qui croyais avoir quelques connaissances sur le sujet, je suis stupéfait d'apprendre que je suis le plus piètre des amoureux, que je n'ai reçu aucune formation sur la complexité de la femme et que je croyais naïvement que l'amour suffisait à éveiller notre instinct amoureux pour nous remplir de plaisir réciproquement. Eh, bien grossière erreur, il faudrait que j'aille aux cours du soir pour une remise à niveau : apprendre à jouir sans éjaculer, développer l'agilité de ma langue et de mes doigts. Apprendre à donner du plaisir. Cela existe déjà aux USA, donc cela va arriver chez nous

16 novembre 2007

Je découvre tout ce qui m'obsède à propos du théâtre dans un livre de Florence Dupont sur Aristote qui vient de sortir. Cela me procure un sentiment de libération. Je ne comprends pas toutes les argumentations, mais le résultat est là. Il y aurait depuis deux mille ans, d'un côté les partisans d'Aristote qui disent que le théâtre c'est de la littérature portée à la scène, et c'est tout ce théâtre qui respire l'ennui, et de l'autre côté les amoureux de Dionysos qui disent que le texte n'est qu'un matériau, que le théâtre est avant tout un rituel de fête. C'est un livre qui fustige les dramaturges et tous ceux qui tuent le théâtre encore aujourd'hui. Magnifique dernière phrase , une citation de Dario FO " cette pièce a un défaut, elle est belle à la lecture".

29 novembre

Addiction à Internet. Le site a disparu pendant dix jours. On se sent perdu. Grâce aux bons conseils d'Yffic et d'Aurélien le voilà revenu. Ouf ! tant de pages perdues dans la stratosphère. Les hébergeurs gratuits n'ont ni adresse, ni hotline. Comment marche le FTP ? C'est à dire le protocole de transfert qui met un site en ligne. Une semaine à lire des messages d'erreur. C'est un énorme mystère tout ça...

7 décembre 2007

Le théâtre se chapelise de plus en plus . Les frontières deviennent des murs épais, on ne se parle plus, chacun reste dans son petit îlot. Le théâtre privé, commercial, on ne va jamais le voir, eux font de même. Le théâtre public subventionné est complètement renfermé sur ses plans de carrière. Chacun à peine nommé cherche déjà une nouvelle nomination. Ce théâtre du dedans, ignore le théâtre de rue qui lui rend la pareille. On ne se sent bien que dans son petit cénacle, son petit cercle. Cela finit par sentir le renfermé. Aujourd'hui on a déjeuné avec l'équipe des Eurockéennes, c'était bien agréable, même si parfois ils évoquent des noms totalement inconnus pour moi. J'ai lu Edgar Morin dans la revue "Philosophie". Il se dit rejeté par tous, parce qu'il refuse toutes ces outrancières spécialisations.

14 décembre 2007

Le déchaînement de quolibets, la nuée d'injures contre la présence de Khadafi à Paris est indécente. Les Français ont tous en eux une case de leur cerveau "anti bougnoule" et ainsi donc que Khadafi ait osé faire remarquer que la France traitait assez mal ses immigrés a mis le feu aux poudres. Qu'il ait transporté son mode de vie en France avec deux avions cargos énerve au plus haut point. Toute la presse unanime hurle "dehors Khadafi". Or pendant ce temps le pays de la Marseillaise continue de rafler et d'expulser des enfants scolarisés. Cela arrange notre président le plein feu sur Khadafi. Pendant ce temps là on ne parle pas des vrais problèmes.

15 décembre 2007

Sur un plan strictement théâtral, la visite de Khadafi en France est une réussite. J'ai l'impression d'assister à une représentation d'Othello. Les images sont superbes, l'égo surdimenssionné, le visage ravagé, avec les gardes du corps féminins, et notre petit Sarko-Iago, paraît ridicule à côté du clinquant de Khadafi. Bagues, gourmettes, femmes, provoc, mensonges, Sarko n'est qu'un stagiaire. le problème, c'est que beaucoup de français en profitent pour déraper dans le racisme anti bougnoule et ça c'est pas drôle.

19 décembre 2007

Parfois je m'ennuie. Je m'ennuie quand je n'ai pas de montagnes à escalader, quand je n'ai pas de grand projet. C'est très dur de s'ennuyer. Quand je m'ennuie, pour me sortir de cette torpeur, il me faut de l'alcool fort, comme Artaud ou Michaux, mais souvent je n'ai même pas la force de les attrapper. Alors penser à Tchekhov me fait du bien, car tous ses personnages s'ennuient. Ou alors je rêve d'un amour, où je n'aurais qu'à me laisser faire. Ce matin, je m'ennuie. Je dois juste faire des demandes de co- production pour notre prochain spectacle. C'est monstrueusement dur. Je dois aussi faire des aubergines, peut être que les aubergines, me remonteront le moral.

27 décembre 2007

Les relations des artistes et de leur tutelle ministérielle sont assez épineuses. La plupart du temps, nous nous sentons incompris, nous ne partageons pas toujours les mêmes valeurs. Là, c'est la saison des coupes budgétaires. C'est l'affolement. On ne sait rien, ça panique un peu partout. Bartabas a pété les plombs. Tel un gosse des quartiers, il a tout cassé à la DRAC. Il y a un moment où nous nous sentons en plein stalinisme : secret, opacité, mensonges. Alors nous craquons, pas en douceur.