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Billet du 27 novembre 2023, quand tu aimes il faut partir.


Il y en a qui me disent, t’es chanceux tu pars en Ethiopie. Mais pas du tout je réponds, je suis perclus de cent douze peurs…. C’est un vrai bordel de faire sa valise, il y a des règles à respecter, le poids, la taille, le contenu etc.

Et les billets ? quand je veux commander les cartes d’embarquement, apparaît un message d’erreur, et dialoguer avec l’intelligence artificielle, c’est un supplice.

Et puis j’ai peur.

Un blanc en Afrique, cela se remarque, et les oublis de dernière minute.

Et la valise qui se perd ? Tu te souviens, halte inopinée au Cameroun sur le chemin de Kinshasa et les médicaments anti-Palu sont dans la valise à laquelle je n’ai plus accès. Deux semaines plus tard j’étais en ré-animation à l’hôpital de Montbéliard.

Et puis l’heure ? En Éthiopie on compte à partir de 6 h, si je dis j’arrive à 9h30, mon interlocuteur Ethiopien note 15h30 et même l’année, là bas on est en 2014, et l’année compte 13 mois. Oh l’angoisse.

Et puis on a trois avions donc trois fois il va falloir enlever mes bretelles, ma ceinture, sortir l’ordinateur du sac, se faire palper.

Mais pourquoi ? Pourquoi tout ça me demande Edith? Pour Rimbaud je veux comprendre Rimbaud par la géographie.

Le poids de la valise, faut que je monte sur la balance la valise à la main, puis sans valise et faire la soustraction. Je pense à la valise de Rimbaud, il va passer par le canal de Suez, arrêt à Aden, puis traverser la mer rouge, jusqu’à Zeilah, et puis à dos de chameau. Rejoindre Harar, au moins 350 kms. Et moi qui ai peur pour 19 heures de voyage.

Il va rester dix ans là bas, puis sa jambe va se détériorer, il sera transporté en brancard par douze porteurs pendant douze jours. Le 20 mai 1891, il arrive à l’hôpital de la conception à Marseille, cancer des os, amputation, mort le 10 novembre, il avait 37 ans.

Et moi je tremble d’oublier je ne sais pas quoi, j’ai ma redingote et ma collerette dans ma valise, on a réglé le transport des hauts de forme, mais les bâtons de marche, on fait comment ? Oh, j’ai pas le droit d’avoir une canne dans l’avion ? Mais non ! Tu m’imagines menaçant le pilote avec ma canne.

J’ai peur, et le texte remonte dans mon tube digestif : l’heure de la fuite, hélas sera l’heure du trépas

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