Photo : Michaël Constant
Je t’écris de dessous la tente
tandis que meurt ce jour d’été
où floraison éblouissante
une canonade éclatante
meurt à peine avant d’avoir été
Pourquoi ces vers d’Apollinaire affluent à la surface de mon cerveau de dimanche gris d’une pluie persistante qui réclame de passer la journée auprès de l’âtre.
Ils viennent de très loin du temps des premiers amours quand j’aimais dévorer les lettres à Lou.
Ils me reviennent comme certains airs de musique qui s’échappent de notre inconscient.
On ne sort pas indemne d’une semaine entière d’immersion dans l’Art avec cinquante jeunes personnes avides d’en découdre loin des tracas du monde.
Parfois j’en doute, mais ce dimanche à 19 H 10, je décrète indispensable à la survie de l’homme les calories de nourriture spirituelle.
Les “Ruches “ c’est ce voyage. Au bord du Doubs et ses milliards de tonnes d’eau.
Moi, j’appliquais l’adage : savoir par coeur un poème te rend invulnérable.
J’aimais quand Boban, aux pantalons retroussés à la coupe de cheveux joyeuse, nous égrenait calmement les vers de Cendrars : “quand tu aimes il faut partir”, accompagné par les machines électroniques de Clément.
A l’heure qu’il est il doit être dans un bla bla car direction Marseille , et Clara sans avoir dormi est dans le TGV pour Barcelone.
“Ouvre- nous ces routes brûlantes où l’on l’on meurt plus loin que la mort”. Ce vers d’Artaud est gravé en moi comme un tatouage que l’on n’efface jamais .
Ils étaient vingt et un, je leur ai donné le secret de l’invulnérabilité.
Adèle, Benoit, Jeanne, Elise, Michaël, Léa, Joachim etc.
Ce sera leur petit trésor, et je pense qu’en 2081, ils se souviendront de ces vers comme je porte en moi éternellement Apollinaire, Rimbaud, Cendrars, Artaud.
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